L'adversaire fut sous-estimé

Suite à l'entente de principe survenue entre le ministre Fournier et Pier-André Bouchard Saint-Amand, président de la FEUQ 1, on a pu assister, et on y assiste encore, à une véritable dégringolade du mouvement de grève étudiante.  Les étudiants ont tenu bon au début de la semaine, mais ce fut prévisible, les associations étudiantes étant restées en grève sont également tombées ou vont le faire très prochainement.

Montée de colère un peu partout

Il est intéressant de remarquer à quel point l'entente de principe ne fait vraiment pas l'unanimité au sein du mouvement, pas même à l'intérieur du triangle FECQ 2 — FEUQ — FAECUM 3.  Premièrement, beaucoup ont entendu parler de l'occupation des bureaux de la FEUQ par des étudiants de la CASSÉE 4, lundi matin.  Étant donné la grogne constante entre les fédérations et la CASSÉE, ce geste était prévisible et ne fait que mettre davantage en évidence la division du mouvement.  Toutefois, je suis presque tombé sur le cul en apprenant que le soir même de ce lundi, ce fut au tour d'étudiants de la FEUQ d'attaquer leurs propres bureaux, pour signifier leur mécontentement envers celui qu'ils perçoivent comme le «collabo» qui a négocié une entente à rabais.

Mentionnons également le fait que l'exécutif de la FECQ n'a pas voulu se prononcer sur l'entente, laissant le soin à ses membres de faire leur propre opinion.  En considérant le fait que la FECQ est aidée financièrement par la FEUQ (qui, elle, tire beaucoup de revenus chez les étudiants de la FAECUM), il est évident qu'on aurait jamais vu la FECQ se positionner contre une entente qui fait bien plaisir à la FEUQ.  On ne l'a d'ailleurs pas vu se positionner en faveur, non plus, ce qu'elle aurait clairement fait si elle était d'accord avec l'entente.  Il me semble donc évident que l'exécutif de la FECQ est plutôt en désaccord avec l'entente, ce qui marque encore plus la division des étudiants, même chez les «bons amis» de la FEUQ.

D'ailleurs, un fait cocasse, il semblerait que Pier-André Bouchard ne se présentera pas à nouveau comme président de la FEUQ, comme il prévoyait le faire plus tôt...

Si on regarde du côté des associations étudiantes, maintenant, on remarque que le vote ne suit pas beaucoup le clivage FECQ — FEUQ vs. CASSÉE.  Du côté de celle-ci, un des principaux bastions, soit le Cégep de Saint-Laurent, a reconduit la grève, mais uniquement 51% des voix, ce qui le laisse à la merci de tout minime changement d'opinion.  Toujours chez la CASSÉE, le Cégep de Sherbrooke a cessé sa participation à la grève, malgré les recommandations de l'exécutif de la coalition.  De l'autre côté, chez les fédérations, lors des premières assemblées générales de la semaine, les étudiants sont retournés en classe avec une très faible majorité.  Ce n'est qu'après que le reste s'est mis à tomber, ce qu'on pouvait facilement voir venir, étant donné que le mouvement avait perdu énormément d'ampleur et qu'on ne pouvait plus s'attendre à une nouvelle offre du ministre.

Pour beaucoup des étudiants ayant accepté l'offre, c'est à contre-coeur qu'ils l'ont fait.  Devant l'évidence de la chute du mouvement, rentrer en classe en refusant l'offre, comme plusieurs campus universitaires et collégiaux ont fait, présente un certain danger.  En cessant la grève, comme je l'ai dit plus tôt, il n'y a plus de nouvelle offre possible.  Donc si les étudiants des fédérations refusent majoritairement la présente offre (les indépendants et les membres de la CASSÉE n'important pas à ce niveau), les fédérations et le ministre de la ratifient pas, on l'oublie et c'est l'offre de 41 millions à 95 millions sur 5 ans pour uniquement 35% des étudiants bénéficiaires des prêts et bourses qui prend place.

Comment M. Fournier a réussi à fourrer les étudiants

C'est impressionnant de voir à quel point la seule présence du chiffre 103 dans l'entente a su duper la plupart des étudiants, qui n'ont même pas pris la peine d'analyser comme il faut l'offre.

Il faut savoir que le ministre n'a presque pas bonifié son offre du 15 mars.  La seule chose qu'il a changé est que le stupide programme de réduction de la dette est éliminé, et que tout l'argent est investi pour réduire le plafond de prêts.  De plus, le Québec recevra 25 millions des surplus fédéraux pour l'aider en éducation, montant qu'il peut investir où il veut puisqu'il a déjà un «solide» programme d'aide financière aux études, mais qu'il investira tout de même en éducation, crise étudiante obligeant.  Mais il manque encore des fonds.  Alors, d'où vient l'argent qui a permis d'augmenter l'offre à 70 millions, puis 103?  D'ailleurs au fédéral.

La Fondation des bourses du Millénaire (FBM) est un organisme créé par le gouvernement fédéral et qui investit au Québec et en Colombie-Britannique.  Au Québec, nous avons droit chaque année à 70 millions de dollars de la FBM, divisés en 2, soit 35 millions dans les bourses et 35 millions dans les infrastructures universitaires.  Ce 70 millions nous fut retiré lorsque le gouvernement québécois a augmenté le plafond des prêts, et nous sera rendu dès l'an prochain, puisque le plafond des prêts sera en route vers son état initial.  Mais si c'est ainsi, c'est parce que la FBM vient ajouter de l'argent aux 70 millions habituels pour compléter la part québécoise et ainsi permettre d'atteindre 70 et 103 millions de dollars.

La FBM, lors de sa création, se vit attribuer un fond fixe.  Cela signifie qu'elle ne bénéficie pas d'un budget renouvelable chaque année.  Elle a un énorme budget qu'elle doit tenir jusqu'en 2010, si mes sources sont bonnes.  Donc puiser maintenant dans le budget, c'est couper dans les dernières années de la FBM.  C'est reporter les difficultés financières à plus tard.  Pas si tard que ça, même, car de maintenant à 2010, plusieurs étudiants actuels seront encore aux études...

Un autre problème quant à la provenance fédérale de l'argent est que nous n'avons pas de contrôle dessus.  Si le gouvernement fédéral ne donne pas à nouveau 25 millions de dollars au Québec dans les années futures, ou que la FBM ne voit pas son budget renouvelé, que fait-on?  On regarde aller les coupures et on siffle comme des épais?

J'ai presque honte d'être étudiant...

Quand je regarde l'ampleur historique de la grève générale illimitée 2005, que je la compare avec l'ampleur de celle de 1968, et que je compare les gains de chacune de ces grèves, j'ai le goût de pleurer.  40 ans plus tôt, avec un mouvement bien plus petit, les étudiants ont réussi à obtenir des investissements qui, à long terme, représente beaucoup de milliards de dollars.  Nous, avec plus de 200 000 étudiants en grève, on aura eu de la difficulté à avoir 103 petits millions et on n'aura pas réussi à obtenir l'abolition d'une réforme, le tout représentant pratiquement rien, à long terme.

Notre adversaire fut coriace, mais la véritable coupable de cette défaite, c'est la division des étudiants.  Au lieu que de se tenir par la main et de lutter ensemble, les étudiants ont préféré se faire la guerre coalition — fédérations.  Les membres de la CASSÉE avaient raison d'être frustrés de ne pas être représentés, mais au lieu de taper sur les fédérations, ils auraient pu tenter d'avoir leur appui, et peut-être même obtenir d'elles qu'elles réclament la présence de la coalition à la table de négociations.

Quand j'y pense, Jean-Marc Fournier aurait dù se laisser pousser une barbe de grève, car aujourd'hui, il aurait pu rire dedans...


  1. Fédération étudiante universitaire du Québec
  2. Fédération étudiante collégiale du Québec
  3. Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal
  4. Coalition de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie

.....Wow..! 100% d'accord! Faudrait seulement la publier à haute voix partout! Bravo!

Jene peux que me montrer d'accord avec ces propos.

As-tu essayé de soumettre ce texte à un journal (La Presse, Le Devoir, ... le Journal de Monréal?) ? Ça serait vraiment nice que ça soit publié :)

Si vous pensez que Pratte (La Presse) va accepter de publier ça, vous rêvez en couleur. Pour le journal de montréal, c'est trop intelligent pour être publié en plein coeur du journal et pas assez braillard pour passer dans le courrier de Louise (ça existe encore?). Reste Le Devoir, un excellent quotidien dont la portée est malheureusement trop faible.

Une fin prévisible

Sérieusement, j'ai peine à retenir un certain sourire quand je vois ce mouvement tomber. C'était prévisible. Manque de communication, manque d'unité, manque de priorités réelles et tangibles. Finalement, manque de cohérance entre l'être et le paraître. On semble avoir transformé un combat pour la récupération d'acquis en une guerre de clochers au sein même du camp des alliés.

C'est bien de dire qu'on n'a rien récupéré. C'est vrai. On dit que l'une des grandes plaies du siècle où l'on vit, c'est l'individualisme. C'est ce manque flagrant de solidarité - de vraie solidarité, tous pour un/un pour tous, pas "gratte-moi le dos, je te gratte le dos"; rendu là, ce n'est plus de la solidarité, mais de la prostitution - qui a fait tomber le mouvement. Chacun est parti dans la direction qu'il avait choisi. La FECQ et la FEUQ réclâmaient le retour des 103 millions alors que la CASSÉE s'est lancée dans un combat pour la gratuité scolaire. Comment voulez-vous que l'Opinion Publique s'y retrouve dans le débat?

Perdre l'essence

Au bout du compte, ce qui a fait le plus de tort au mouvement étudiant, c'est qu'il a perdu de vue l'essence de son combat. Non seulement on a brouillé les cartes en ajoutant des revendications aux exigences initiales, mais on a perdu l'essence même d'un combat moderne: l'appui du public. Les étudiants ont du accepter un entente à rabais pour la même raison que les employés de la SAQ: on a été trop sans-dessein pour expliquer clairement notre point de vue et s'en tenir à une ligne d'action déterminée.

Oui il y a plus que les 103 millions, la gratuité scolaire ou les plafonds de prêts. Bien sûr que le mouvement étudiant est le premier d'une série de rassemblements visant à exprimer un ras-le-bol général face aux visées néo-libéralistes - un bien étrange terme... dans le temps de Duplessis, on appelait ça du conservatisme... preuve que plus ça change... - du gouvernement Charest. Les étudiants auraient pu profiter de cette chance pour inviter la population à indiquer clairement à ce gouvernement que le Québec n'est pas une dictature à mandat renouvellable aux 5 ans. Indiquer à ce gouvernement qui n'a de libéral que le nom, que les Québécois veulent du modèle de la révolution tranquile - avec quelques rénovations, une bonne couche de peinture et une bonne aération, la maison est encore habitable. Malheureusement, on a préféré s'entredéchirer sur les revendications. Pathétique!

L'heure des bilans

On n'a rien gagné, on a tout perdu. Non, c'est pas vrai... On a récupéré une partie du financement, en se prostituant à Ottawa, le gouvernement Charest a été en mesure d'obtenir quelques millions supplémentaires afin de couvrir l'erreur en éducation sans affaiblir les baises - non, j'ai pas oublié de "s" - d'impôts si chères à son coeur.

Il semble qu'on soit bien loin de tout récupérer. Surtout quand on pense que, dans sa comptabilité créative, le gouvernement Charest a oublié qu'il devait déjà 2 milliards de dollars en "trop-perçus" du système de péréquation fédéral. Quand on y pense, pourquoi emprunter 25 millions à un gouvernement à qui on doit 2 milliards?

Ce n'est pas 103 millions que les étudiant-e-s ont perdu avec la réforme, mais plutôt 173. Car il ne faut pas oublier ces fameuses bourses du millénaire provenant du fédéral : 35 millions $ en financement des institutions + 35 millions en bourses. En modifiant le plafond de prêts, le PLQ à dérogé à l'une des conditions de cette entente de financement avec le fédéral.

Bref, on se fait doublement avoir avec l'entente tordue qu'ont signé la FECQ/FEUQ et le gouvernement. Premièrement, on essaye de nous faire croire que l'argent que le fédéral investirait est neuf alors qu'il n'en est rien. En fait, le gouvernement fédéral économise lui aussi, il nous donne moins que ce qu'il nous donnait avec les bourses du millénaire. Deuxièmement, l'argent que les étudiant-e-s recevront des deux palliers de gouvernement donnera moins que 515 millions (103 millions X 5) sur cinq ans. En effet, ce réinvestissement ne sera pas rétro-actif : les 103 millions de 2005 sont perdus à jamais, et il n'y aura que 73 millions d'investi pour 2006, ce qui veut dire un manque de 30 millions $.

"Ce n'est pas 103 millions que les étudiant-e-s ont perdu avec la réforme, mais plutôt 173."

C'est aussi ce que je croyais auparavant, mais on m'a corrigé. En bout de ligne, le 70 millions de la FBM était inclus dans le 103 millions coupé.

moi je voudrais bien savoir si vous avez demander a quelque part la baisse des taux d'intéret des prêts un coup les années de scolarités terminées?!

Juste pour dire...

La dernière réforme de L'AFE à été abolie à moitié.

Articile 51 (sur le plafond de prêt indexé) abolie

Project contact (dépot direct et mensuel) non... et c'est bien comme ça!