Vers l'autre crise du logement

C'est de plus en plus connu au Québec, ça fait à chaque année la manchette de tous les journaux et téléjournaux, à l'approche du fatidique premier jour de juillet.

La crise du logement soulève sans cesse des inquiétudes.  La faible disponibilité des logements dans les grands centres urbains québécois, comparativement à la quantité de ménages dans le besoin, a fait en sorte que le marché l'emporte et permette aux propriétaires de hausser le coût des logements... un peu... beaucoup... passionnément... à la folie... pas du tout?

N'avez-vous jamais pensé qu'un jour cette vague d'inflation cessera, que le coût du logis cessera de grimper en flèche?  Ah, ne serait-ce pas merveilleux?  C'est d'ailleurs ce qui va arriver.  Oui oui, vous avez bien lu!  Le prix du logement cessera d'augmenter.  Je vous vois déjà, vous, en train de vous imaginer dans la richesse, après avoir lu cette phrase.

Mais, fidèle à mon habitude, je crève votre bulle.  Oui, on approche de la fin de l'inflation.  Mais pourquoi?  Les propriétaires vont enfin se rendre compte du mal qu'ils font aux locataires plus pauvres?  Rêvez toujours.

Le coût du loyer a beau augmenter à vue d'?il, la capacité de payer des locataires ne suit pas.  Pour beaucoup d'entre eux, cette capacité est déjà atteinte ou dépassée.  Mentionnons que plus de 110 000 ménages québécois consacrent un minimum de 80% de leurs revenus au paiement du loyer, alors que la norme se veut être 30%. 1  D'ailleurs, plusieurs de ces familles remettent, en partie ou en totalité, des paiements en retard!

Plus le prix du logement monte, plus la difficulté de payer est grande, et donc plus le risque qu'un paiement ne rentre pas à temps augmente aussi.  Les propriétaires ont des taxes à payer.  Certains ont aussi une hypothèque à rembourser.  Donc une difficulté financière pour le locataire peut signifier, à plus ou moins long terme, une difficulté financière pour le propriétaire.  Que peut faire le propriétaire pour éviter ça?  Eh oui, mettre le locataire à la porte, accompagné d'un bon coup de pied dans le cul.

Mais quand ces retards seront de plus en plus généralisés, qu'arrivera-t-il?  Les bons payeurs seront devenus denrée rare.  Le roulement de locataires s'accentuera toujours plus, laissant aux propriétaires, avec raison, la désagréable impression qu'il y a maintenant trop de «cas-problèmes» qui répondent aux critères de renvoi.  Ceci entraînera inévitablement une diminution progressive de l'intérêt à devenir propriétaire.  Ce sera normal, bien sûr.  À quoi bon gérer un immeuble à logements s'il génère de moins en moins de profits à cause des problèmes de paiement?

Ce faisant, plutôt que de posséder un édifice locatif qui devient de plus en plus un fardeau pour son propriétaire, ce dernier préférera s'acheter une maison unifamiliale pour lui et sa famille.  Il mettra donc en vente sa propriété locative.  Le hic, c'est que si un grand nombre de personnes décident d'agir ainsi, l'offre d'immeubles deviendra telle que leur coût diminuera à un montant ridicule.  Plein d'édifices à vendre, mais peu d'investisseurs pour les acheter.  La construction de nouveaux édifices chutera elle aussi, les contracteurs voyant la demande diminuer sans cesse.  D'ailleurs, plusieurs d'entre eux réduiront leur personnel, certains de beaucoup, et d'autres iront même jusqu'à fermer boutique, supprimant ainsi plusieurs emplois du milieu de la construction.

Et les locataires, eux?

Les édifices à logements se vendant peu, les locataires seront en sécurité, pour un certain temps.  Les propriétaires étant pris avec leur propriété ne verront pas d'intérêt à hausser leurs tarifs, sachant que les locataires ne pourront pas plus payer.

Toutefois, rien n'indique que les coûts des logements diminueront.  Les locataires continueront de verser une part de fou de leur chèque de paye à leur propriétaire, et plusieurs continueront de choisir entre le loyer et d'autres éléments essentiels, comme l'alimentation.  Les moins nantis continueront de travailler comme des fous pour boucler leur budget, continueront de vivre avec un haut taux de stress, certains au point d'en tomber malade et de ne plus pouvoir travailler et, donc, de ne plus pouvoir payer le loyer le premier du mois.

La situation stagnera, alors qu'avec un peu de volonté, on pourrait aisément l'améliorer.

S'ingérer un marché devenu cruel

Trop souvent je vois des logements dans un piteux état (isolation complètement «scrappe», infestations d'une ou plusieurs espèces d'insectes, problèmes de chauffage, etc.) coûter les yeux de la tête.  C'est la main invisible du marché qui décide que ce genre de choses est normal, dit-on.  À mes yeux, et aux yeux de bien des gens, ça n'en est pas plus acceptable.

Il est sérieusement temps que le gouvernement prenne des mesures pour contrer le problème.  Bien entendu, il est nécessaire que les élus réglementent le marché de l'immobilier locatif en forçant le maintien par le propriétaire d'un prix décent, variant selon l'état des lieux (niveau de luxe, salubrité, etc.), mais demeurant abordable.

Également, des investissements dans le logement social sont nécessaires.  Les logements sociaux, c'est ce qu'on appelle aussi les HLM, soit les habitations à loyer modique.  Ce sont des habitations gérées par l'État qui, sans être luxueuses, offrent le nécessaire aux locataires et ce, dans un état convenable et à un coût abordable.  Ces habitations sont réservées aux plus démunis.  Toutefois, il n'y en a vraiment pas assez pour loger tous ces démunis, et la majorité de ces derniers doit donc se serrer la ceinture pour ne pas devoir loger dans une boite de carton.

L'Association des propriétaires du Québec (APQ) suggère plutôt au gouvernement d'investir dans une assistance aux démunis pour payer leurs revenus, et non de créer lui-même des lieux d'habitation. 2  Avant d'attaquer la suggestion, regardons qui l'a faite: l'association des propriétaires.  Ça décrédibilise, non?  Mais je ne veux pas faire de sophisme, alors allons plus loin dans l'analyse.  Le secteur privé occupe déjà une très grande part du milieu du logement résidentiel.  Or, malgré la présumée efficacité pour laquelle les mieux nantis le vantent, il n'a pas été capable d'empêcher la crise du logement, qui va de pire en pire à chaque année.  C'est donc une incompétence du secteur privé qui entraîne le besoin d'urgent d'intervention gouvernementale dans ce milieu.

Pourquoi ne pas favoriser l'aide financière aux démunis tout en laissant le privé contrôler?  Parce que si on aide les plus pauvres à se loger de cette façon, on n'a toujours aucun contrôle sur les coûts.  L'inflation court toujours.  Et surtout, ce sont des gens d'affaires, des investisseurs privés, qui empocheront les profits de cette aide financière.  Voilà pourquoi il faut que la société gère elle-même des logements sociaux et balaie cette proposition de l'APQ.  En ne laissant pas ces logis entre les mains du marché, on les mets à l'abri de hausses de prix injustifiables, et on évite de devoir payer toujours plus cher en aide financière par logis.

Un 3 et demi dans les 4 chiffres, ça vous tente?

Faudra-t-il attendre que le logement se mette à causer des faillites personnelles pour que le gouvernement agisse, pour que nous agissions?  Il est grandement temps que notre société mette ses valeurs aux premier plan et se décide à intervenir.

Le libre marché n'est pas une excuse valable.  La main invisible du capitalisme a beau être puissante, elle n'en demeure pas moins une main.  Il y a toujours moyen de la menotter.


  1. Dossier noir: Logement et pauvreté au Québec, FRAPRU, janvier 2004
  2. L'APQ demande au gouvernement de miser sur l'aide à la personne au lieu des HLM, APQ, CNW Telbec, 21 avril 2005

Personnellement, je crois

Personnellement, je crois que nous devrions investir davantage dans le logement social. Aux Pays-Bas, près de 45% des logements sont des logements sociaux. Point de vue lutte a la pauvreté, les logements sociaux sont primordiaux. Et avec une très forte proportion de logement social, le prix des autres logements ne pourra qu'aller en diminuant. L'effet sera doublement positif.

Mais un désavantage de cela, c'est, comme tu la mentionner dans ton texte, la qualité des logements risque de diminuer et les propriétaires vont finir par s'écoueurer.

Bref, il va falloir évaluer la situation et agir intelligemment.