La droite victime de son idéal
Depuis qu'il a imposé le couvre-feu aux jeunes pour tenter de contrer quelques actes de vandalisme, Stéphane Gendron, maire de Huntingdon, se fait critiquer de tous bords, tous côtés. Souvent avec raison.
M. Gendron est le genre de politicien à prôner l'absence de l'État dans l'économie. Un homme de droite. Un partisan de cette idéologie qui prône le laisser-aller du libre-marché, la débrouillardise du citoyen face aux «crottés en veston-cravate». Un admirateur du désormais célèbre GBS, le gros bon sens à la Mario Dumont et à la Jeff Fillion.
Dernièrement, ce libre-marché a massacré l'économie de sa ville. L'entreprise américaine Cleyn & Tinker, constatant que déménager sa production de textile en Chine coûte moins cher que d'exploiter au Québec, a décidé de fermer ses 5 usines d'Huntingdon pour le mois de juin et donc de renvoyer les 850 travailleurs qui dépendent de ces usines. 850 travailleurs sur 2600 personnes 1, 40% des emplois manufacturiers perdus 2: ça fesse.
Voilà donc notre bon maire qui s'est mis à revendiquer auprès des 2 paliers de gouvernement. Il exige que l'État intervienne pour protéger les travailleurs et aider à relancer l'économie de sa ville, pour ainsi éviter de devoir fermer la ville. Bref, il tente tant bien que mal, entre autres durant son émission de radio à CHMP, de camoufler l'échec de la droite dans sa ville.
Au moins, il lutte pour vrai.
La façon dont il a couru après les problèmes, en laissant l'économie de sa ville entre les mains d'une entreprise étrangère, est-elle une raison pour dénigrer son combat? Pas du tout. M. Gendron mène un combat respectable, tout comme bien des maires de villes et villages de région.
Toutefois, un élément rend son combat plus admirable que celui d'autres maires: alors que ceux-ci font les beaux yeux aux gouvernements pour gagner leur lutte, M. Gendron a levé le poing. Québec a promis, le 3 décembre dernier, d'investir 4 millions pour diversifier l'économie et acheter les cinq usines, et ainsi sortir Huntingdon de la merde 3. Mais cette ville n'a jamais vu la couleur de cet argent. C'est pourquoi cette fin de semaine, lui et plusieurs résidents ont bloqué la route 138 à l'entrée de Huntingdon. Ce blocus était symbolique, car en un détour d'environ 30 secondes, on pouvait prendre la rue parallèle la plus proche et revenir sur la 138 quelques rues transversales plus loin.
M. Gendron, qui a passé tout le temps de la grève étudiante à chier sur les revendications, la cause, la grève et les moyens de pression entrepris, semble maintenant s'inspirer des étudiants pour mener à bien sa lutte. Le bloquage de routes fut un moyen utilisé à plusieurs reprises par le mouvement étudiant. Mais M. Gendron a aussi parlé, lorsque rencontré par les journalistes télévisuels, de procéder à des occupations de bureaux, notament des bureaux libéraux de la région, si le dossier ne progressait pas davantage à Québec et⁄ou à Ottawa. N'est-ce pas le moyen de pression qui s'est avéré être le préféré des étudiants durant la grève?
Il faut mentionner le peu de succès que le blocus de la 138 a eu. Alors que 850 travailleurs se retrouveront très prochainement dans la merde et dépendront de la victoire de M. Gendron dans sa lutte, seule une trentaine de citoyens s'est déplacée à la barricade. Le maire tente de justifier ça par le fait que ces travailleurs sont déprimés et démotivés. Ne devrait-il pas plutôt prendre ça comme un manque de confiance des citoyens envers lui? Ils l'ont suivi et voient le résultat. Le maire leur fait ensuite des propositions pour lutter. Est-ce facile d'avoir envie de le suivre, après le désastre qu'il a provoqué? Après tout, qui sait si le maire n'enfoncera pas ses concitoyens encore plus profondément dans le merdier? M. Gendron tente aussi d'expliquer par le fait qu'il n'a pas annoncé l'action plus tôt, pour éviter que la Sûreté du Québec ne l'attente sur les lieux. Pourtant, une fois l'action débutée, rien n'empêche d'envoyer des fonctionnaires chercher les citoyens et les attirer à la barricade. De plus, les médias furent assez vite de la partie, alors l'excuse lancée par le maire est plus ou moins bonne.
Juste un petit peu borné
À l'écouter parler, à CHMP, on constate aisément que M. Gendron croit toujours que la droite est la voie politique idéale. Il continue de préférer qu'on laisse la main invisible du capitalisme tout contrôler, mais quand cette main invisible lui donne une gifle, il braille à chaudes larmes dans les bras du «gouvernemaman», comme les droitistes se plaisent tant à l'appeler. Il appelle haut et fort à l'interventionnisme et use d'actions musclées pour faire la guerre à une problématique majeure après laquelle il a couru.
Certes, je l'appuie dans sa lutte pour sauver Huntingdon et le félicite pour avoir fait un pas de plus que les autres maires dans ses moyens de pression. Mais je trouve très déplorable qu'il n'apprenne pas la leçon et qu'il s'obstine à maintenir sa position politique alors qu'il vient tout juste d'être trahi par ses idéaux. Il vient d'avoir une démonstration flagrante de l'échec de la droite, juste devant ses yeux.
Il prône la droite, sauf quand elle ne lui fait pas plaisir, et lorsque c'est le cas, il nie user de moyens de gauche. Par orgueuil, peut-être? Je ne sais pas. Mais, chose certaine, cette hypocrisie et cet opportunisme ne fera qu'accroître la décrédibilisation de ses discours et lui coûtera des votes lors du prochain scrutin municipal. C'est par cet opportunisme qu'il se ridiculise à chaque discours qu'il prononce, que ce soit par ses paroles ou par ses contradictions avec ce qu'il a dit antérieurement.
Il doit bien s'entendre avec Mario Dumont, lui...
- «La ville de Huntingdon sous le choc», Radio-Canada.ca, 14 décembre 2004
- «Perte de 900 emplois: Huntingdon risque la fermeture», Cyberpresse, 14 décembre 2004
- «Nouveau coup d'éclat du maire de Huntingdon», Radio-Canada.ca, 7 mai 2005
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Si je me rappelle bien une entrevue qu'il avait accordée à TQS l'automne ou l'hiver dernier, M. Gendron avait proposé que le gouvernement lui prête de l'argent pour que *lui* diversifie l'économie de sa ville. Donc, en usant de l'argent pubic, il espérerait diversifier son économie pour ensuite ne plus dépendre de l'intervention de l'État... L'État québécois serait-il selon M. Gendron une banque?
fuck, qu'est-ce que Fillion a comme lien avec la politique ??? Fallais que tu mettes son nom absolument dans ton texte, c'est un concours ?