Passer d'une prison à une autre
Qui n'a pas entendu parler de Karla Homolka? Personne. Les médias sont tellement acharnés sur elle qu'il est impossible de ne pas savoir de qui il s'agit.
Elle a dernièrement demandé à la Cour supérieure du Québec de faire taire les médias lors de sa libération, tant à propos de son identité que de son lieu de résidence, de son travail, etc., et de les forcer à la laisser tranquille. Le juge a refusé, sous prétexte que le peuple avait le droit de savoir où elle était, étant donné son passé criminel.
Ce faisant, le juge a décidé de tirer un trait sur l'objectif de sa libération, soit de se réinsérer à la société. Les médias auront le droit de la suivre dès qu'elle sort de chez elle. Ils auront le droit de donner son adresse à la population entière. Ils auront le droit de dire où elle travaille, de dire quelle entreprise «encourage une dangereuse criminelle assoiffée de sexe et de sang».
L'ennemi sera partout...
Plusieurs spécialistes disent que Karla Homolka n'est pas prête à sortir de prison. Des bandes vidéo ont été trouvées après sa condamnation et auraient donné une toute autre allure à la sentence de la criminelle si elles avaient été utilisées lors du procès. Mme Homolka a supposément refusé toute thérapie pendant sa période d'incarcération. Et pour finir, elle a maintenant comme conjoint un homme ayant assassiné sa femme. Les raisons, vraies ou non, circulent partout. Sa libération est donc discutable. Mais celle-ci ayant été acceptée, tenons-nous y en.
Mme Homolka devra se trouver du travail. Il y aura sans aucun doute des employeurs qui accepteront de l'embaucher. Toutefois, le futur employeur de la détenue appréciera-il de voir un gros paquet de «journaleux» qui font leur train-train tapageur autour de son entreprise? Il saura pertinemment que plusieurs clients se sentiront mal à l'aise, voire effrayés, à l'idée de traverser la mare de caméras qui siège devant la porte. Des clients pourraient même, peut-être avec raison, craindre de se faire marteler d'accusations d'encourager la criminalité en faisant affaire avec l'entreprise qui verse le salaire de Karla Homolka.
Une fois son salaire obtenu, Karla Homolka ira faire l'épicerie. Avec les «journaleux» à ses trousses, bien sûr. Avec un peu de chance, le gérant de l'épicerie empêchera les médias d'entrer dans son établissement. Mais ceux-ci auront tout de même réussi à attirer l'attention des autres clients de l'épicerie sur celle que les médias tentaient de suivre. Parmi ces clients, il y en aura peut-être, voire probablement, qui auront assez de couilles pour aller cribler Mme Homolka d'insultes et de reproches. Ou peut-être même pire, s'en prendre physiquement à elle.
Ensuite, retour à domicile. Avec, une fois de plus, ces chers «journaleux» pour accueillir notre vedette, avec une gentillesse que seuls eux savent exprimer, et peut-être quelques représentants de compagnies de nettoyage de graffitis qui prévoient la bonne affaire. Impossibilité totale d'ouvrir les rideaux des fenêtres sans voir les paparazzis des journaux s'amuser. Et, bien entendu, des visiteurs qui ont de la difficulté à approcher la porte d'entrée à cause des micros qui s'abattent à trois centimètres de leur visage. Bref, intimité zéro.
Échec en vue
Alors que la réinsertion sociale d'un détenu sert à lui permettre de reprendre un rythme de vie normal et acceptable, cet objectif sera complètement anéanti par les entreprises médiatiques, qui se serviront de Mme Homolka comme d'un petit chat de poche, un animal bien mignon qu'on veut montrer à tous pour avoir leur attention. Les corps policiers de Montréal et du Québec ont affirmé ne pas vouloir offrir une protection particulière à la criminelle pour éviter les reproches. Toutefois, ceux-ci s'en retrouveront forcés, car Mme Homolka se verra dans la nécessité de faire appel aux policiers à plusieurs reprises pour la défendre contre les multiples agressions de toutes sortes dont elle sera victime.
Une partie de la population, principalement celle qui apprécie le traitement médiatique en se manifestant comme client, ne prend pas au sérieux Karla Homolka lorsqu'elle affirme «[entretenir] la conviction que des individus souhaitent rendre service au public en [l']assassinant». Pourtant, cette même population apprend chaque jour, au téléjournal sensationnaliste, les actions de multiples criminels qu'elle qualifie ensuite, pardonnez-moi les mots, d'«ostie de malades». C'est donc se montrer hypocrite que de refuser de considérer le danger qui attend Mme Homolka.
Et si des gens acceptent de voir le danger mais choisissent de l'accepter, sous prétexte qu'elle ne mérite rien d'autre qu'une mort souffrante (comme on peut lire sur beaucoup d'espaces de discussion en ligne), eh bien ces gens, quant à eux, ne méritent qu'une chose: prendre la place que Mme Homolka va libérer en prison.
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