Manifestin privé
Attention! La catastrophe nous attend! Le feu s'abattra sur nos têtes et il se mettra à pleuvoir des sécheuses! Une armée de poignées de portes nous attaquera sauvagement! À moins de se crever les yeux et d'obéir aveuglément au manifeste des douze prophètes...
Il semble que depuis que Lucien Bouchard a eu son amputation de la jambe, la population l'a pris en pitié et s'est mise à l'adorer. Cette adoration a eu ses effets lors du référendum de 1995, où le remplacement de Jacques Parizeau par M. Bouchard comme chef du «Oui» a suscité une vague massive d'appui à la souveraineté. Son passage à la tête de l'ancien gouvernement péquiste aura montré à la population québécoise un Premier ministre pratiquement aussi à droite que Maurice Duplessis. Mais la population ne s'en est pas aperçue, car après tout, c'était son petit Lulu chéri! Or, voilà notre gentil monsieur qui profite à nouveau de la stupidité de la population en se faisant cosignataire d'un manifeste qui pue le néo-libéralisme.
Cette magnifique équipe issue tout droit du patronat est composé de, bien sûr, Lucien Bouchard, mais aussi d'André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse et porte-parole journalistique par excellence des multinationales, Joseph Facal, député péquiste réputé pour ses positions économiques de droite, et plusieurs autres.
Nos prophètes nous rappellent donc que le Québec est aux prises avec une dette de 120 milliards de dollars, et qu'on paie chaque année 7 milliards, soit plus de 15% du budget, pour couvrir les intérêts. Récupérer cette somme nous donnerait une marge de manoeuvre pour financer les retraites de nos travailleurs actuels. Il faut donc rembourser cette dette. Mais comment? Facile, répond le patronat: moins dépenser. Paraît-il que les citoyens en profiteront. Pourtant, ce sont eux qui devront se serrer la ceinture pendant plusieurs (beaucoup) années avant d'en ressentir quoi que ce soit. Et ne parlons pas des plus démunis...
Leurs armes
Une des propositions principales du manifeste est de traire encore plus la vache à lait qu'est Hydro-Québec. 2% d'augmentation des tarifs annuellement, qu'on suggère. Pourtant, on semble oublier que pour les plus démunis, plus de 85% de la consommation d'électricité n'est pas réductible, car il s'agit là de la consommation d'appareils essentiels (cuisinière, chauffage, réfrigérateur, etc). Ces gens ne pourront pas diminuer leur consommation pour éviter des augmentations de factures impossible à gérer. On voudra sans doute me répliquer que les plus pauvres consomment moins d'électricité parce que vivant dans moins de luxe, mais c'est un faux raisonnement. Les pauvres s'offrent les logements pourris, qui ont souvent une isolation plus que déficiente. La chaleur et l'argent sortant donc par les fenêtres, les portes et les murs, ils se retrouvent à payer beaucoup plus cher en frais de chauffage qu'une grande partie de la population.
Notons également le dégel des frais de scolarité. Alors qu'on se dirige vers une pénurie de main d'oeuvre, il est d'une importance capitale de favoriser l'éducation en facilitant l'accès aux études pour tous les étudiants. Mais l'État n'ayant supposément pas à aider les gens, ceux d'entre eux qui sont intéressés à étudier devront s'autofinancer davantage, selon nos prophètes patronaux. Les partisans du dégel notent l'importance d'ajuster les prêts et bourses des bénéficiaires en fonction des augmentations tarifaires. Toutefois, dès qu'on parle d'ajuster les prêts, on parle d'augmenter l'endettement de ces étudiants. Plusieurs d'entre eux finissent déjà les études avec une dette se mesurant dans les cinq chiffres. Les endetter davantage ne fera que retarder encore plus le développement de leurs projets de vie (famille, maison, etc). Le manifeste ne citait-il justement pas le problème de la natalité au Québec? Dégeler les frais de scolarité ne serait donc-t-il pas tirer une balle supplémentaire dans le pied de la société québécoise? Prenons soin de mentionner également les étudiants non-éligibles de justesse au programme d'aide financière aux études. Nos douze apôtres ont-ils oublié qu'on n'est pas nécessairement riche dès qu'on n'est plus éligible? Cette catégorie d'étudiants ne verra pas son «pas d'aide» s'améliorer, et sera encore plus susceptible d'abandonner les études plus tôt que son objectif visé.
Lorsque des étudiants terminent leurs études avec un faible diplôme et doivent se trouver un emploi de basse valeur, ou lorsqu'ils obtiennent un haut diplôme accompagné d'un endettement de plusieurs dizaines de milliers de dollars, ils se retrouvent bloqués dans leur pouvoir d'achat, parfois même dans celui essentiel à la survie. Pas de consommation, pas de taxes qui viennent garnir les coffres du gouvernement, et donc pas de fonds pour financer les services publics. Selon les auteurs du manifeste, le dégel est supposé aider à renflouer les coffres de l'État et donner une marge de manoeuvre pour pour rembourser la dette publique. Les écouter sans analyser leur discours serait donc clairement sauter en bas d'un ravin.
Une des plus grosses aberrations de ce manifeste est la suggestion d'augmenter la taxe à la consommation et de diminuer les impôts sur le revenu. Le patronat n'aime pas l'impôt car il est progressif, c'est-à-dire que plus notre revenu est élevé, plus le pourcentage qui nous sera exigé par l'État sera élevé. Le but de cette progression est de faire en sorte que les riches contribuent davantage que les pauvres, tant sur le montant que sur le pourcentage. La taxe à la consommation, elle, est fixe, quel que soit notre revenu, quelque soit notre capacité de payer. Ainsi, elle fait beaucoup plus mal aux démunis qu'aux riches: les 15$ de taxes s'ajoutant aux 100$ d'une épicerie hebdomadaire pour une famille pauvre paraissent beaucoup plus sur un revenu de 10 000$ annuellement que sur un revenu de 60 000$.
L'argent peut se trouver intelligemment, soit dit en passant...
Rembourser la dette offre en effet des perspectives intéressantes à long terme. Toutefois, ce remboursement ne doit surtout pas se faire au détriment de la vie des citoyens du bas de l'échelle hiérarchique sociale. Pour augmenter la marge de manoeuvre nécessaire au remboursement, une autre façon de faire doit être adoptée: augmenter les revenus plutôt que de réduire les dépenses.
Prélever un juste montant en impôts aux grandes entreprises sera déjà un bon pas.
Nationaliser le développement électrique éolien du Québec, qui, présentement, est laissée au secteur privé dans le cadre d'un très coûteux et désavantageux partenariat public-privé, permettra à Hydro-Québec de ne pas pénaliser les consommateurs en leur refilant la facture des profits exigés par les contractants.
Actualiser à la hausse les conditions minimales de travail permettra entre autre aux travailleurs d'avoir de meilleures conditions salariales, et donc un meilleur pouvoir d'achat, générant ainsi des taxes à la consommation, des revenus pour les entreprises et des impôts pour celles-ci.
Mettre en place des mesures financièrement punitives pour les automobilistes qui usent de véhicules fort polluants, tels les véhicules utilitaires sport ou les Hummer, en plus de créer des revenus pour l'État, encouragera l'usage de voitures plus petites, moins énergivores et moins polluantes.
Haussons les taxes sur les produits du tabac tout en mettant en place un programme d'aide à l'arrêt de fumer, de façon à réduire le nombre de cas dans les hôpitaux causés par le tabagisme ou la fumée secondaire. De même, luttons sérieusement contre la contrebande de tabac.
Intensifier la lutte au déséquilibre fiscal, qui étouffe les provinces n'optant pas pour le modèle économique néolibéral (celui du patronat), doit se faire par tous les moyens possible, y compris la souveraineté, si celle-ci s'avère nécessaire à la survie du peuple.
La hausse de la marge de manoeuvre de l'État doit passer par le bénéfice de monsieur et madame tout le monde. Non pas par les coupures dans les programmes sociaux.
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires




Que voilà des bonnes idées intelligentes pour renflouer les caisses de l'État :) Malheureusement, elles se feraient au détriment des grandes compagnies d'électricité, d'automobiles et pétrolières, et de tabac: elles ne seront donc très certainement jamais appliquées. Les riches pensent plus à leur grand confort qu'à l'amélioration de la société...
Et le pire c'est qu'elle en bénéficieraient! Plus les gens ont d'argent dans leur poche, plus ils consomment et plus ils font rouler l'économie!
Les entrepreneurs ont simplement un peu peur. Ils aiment leur système, où le plus riche reste. Ils ne voudraient pas embarquer dans un système où c'est le plus innovateur qui reste. Après tout, c'est toujours plus facile de bonifier les profits en coupant les dépenses plutôt qu'en améliorant les revenus...
Un exemple? La Norvège, le Danemark, bref, le nord Européen. Les pays les plus socialistes s'y trouvent, les impôts y sont plus élevés pour les entreprises (et similaires à ici pour les individus), et pourtant, le PIB per capita (PIB divisé par le nombre d'habitants) est supérieur à celui des États-Unis, symbole même du conservatisme économique...