À quand un quorum électoral?
35%... 35%... ai-je bien entendu? Oui, 35%... Ah, pardon, vous dites? 35% de quoi? À peine plus de 35% d'électeurs montréalais se sont présentés aux urnes aujourd'hui pour exercer leur droit démocratique.
Vous m'excuserez les gros mots, mais il faut croire qu'à Montréal, on a un «sacramant» de problème. Seulement un électeur sur trois considère que la démocratie, le pouvoir au citoyen, c'est important. Je veux bien croire qu'à l'heure actuelle, la démocratie est très symbolique car le vote ne s'effectue qu'aux quatre ans. C'est d'ailleurs l'argument favori de beaucoup de jeunes, qui refusent de voter car cela signifierait d'accorder une légitimité au système décisionnel de notre société. «Un vote de moins, le mien!», qu'ils disent en citant les Vulgaires Machins. Mais se sont-il déjà demandé si un ou plusieurs partis politiques les concernant avait la vraie démocratie dans sa plate-forme? Quand on leur pose la question, pas de réponse. À moins que l'on ne considère «Fuck le système!» comme une réponse considérable...
Dans toutes les villes, en fouillant chez les candidats indépendants ou les petits partis, on trouve des candidats qui ont à coeur, et souvent comme priorité, la démocratie participative, soit celle où des assemblées décisionnelles dans chaque district mènent les prises de positions des conseillers et représentants. À Montréal, le parti Projet Montréal a la démocratie participative dans ses priorités. Un de ses candidats, André Cardinal, appliquait cette voie de décision lorsqu'il était conseiller du Regroupement des citoyens de Montréal (RCM) et a, à plusieurs reprises, vanté le succès de cette vraie démocratie, qui s'en suivait d'une plus grande participation politique des citoyens de son district. Après tout, n'est-ce pas motivant de se prononcer lorsqu'on se sait écouté? En fin de campagne, ce parti n'était plus si «underground» que ça, et présentait des candidats à plus de 70 endroits, ce qui n'est pas négligeable. Les boycotteurs peuvent donc difficilement invoquer leur boycott puisque des candidats proposaient une solution à leur principale inquiétude. Et ce n'est qu'un exemple! Sans doute que des chroniqueurs établis dans les autres villes pourront en mentionner d'autres.
Quelles sont les autres excuses des non-votants? Dans les médias où se tiennent des émissions spéciales couvrant l'événement, on mentionne beaucoup la mauvaise température. D'accord. La pluie génère la dictature? Génial. On a donc la solution pour la lutte à la dictature dans le monde: on installe un parapluie géant sur le pays, la démocratie reviendra. Plus simple que la guerre, non? Pardonnez mon sarcasme. Bref, c'est une excuse très, très, très ridicule.
Chaque personne en elle-même a ses idéaux. Quand elle veut voir ses idéaux siéger en tête de notre société et qu'un parti offre une représentation à ses idéaux, la pire chose à faire est de boycotter le scrutin. Un parti, un candidat, ça ne rentre pas tout seul. Ça nécessite l'appui des partisans de ses idéaux. Ce que trop de monde ne comprend pas. Non, les boycotteurs s'en foutent. Encourager ses idéaux, c'est légitimer les idéaux de ceux au pouvoir. Mais ceux au pouvoir le sont parce que les opposants se taisent! Décidément, on ne changera jamais. Qu'est-ce que ça prendra, pour que les gens votent? Qu'un scrutin soit une élection référendaire en vue d'établir une véritable dictature?
On est donc reparti pour quatre ans, avec une administration municipale qui aura remporté l'épreuve avec moins de 35% du vote, et qui sera tout de même toute puissante, après le balayage qu'elle aura réussi.
Le scrutin d'aujourd'hui démontre une chose: l'adoption d'un quorum électoral s'impose. Un quorum est un taux minimal de participation requis pour qu'un processus décisionnel soit valide. En bas de ce taux, l'événement, en l'occurence le scrutin, n'est pas considéré et est donc invalide. Peu importe qui est élu, il est inacceptable qu'une administration soit déclarée légitime et n'ait pratiquement aucune opposition alors qu'elle n'est forte que de moins de 35% de l'électorat entier. Si un candidat ou un parti ne peut pas convaincre un minimum moralement acceptable d'électeurs de venir l'appuyer, il ne mérite tout simplement pas le poste qu'il convoite.
Le succès des PPP...
J'en profite pour faire mon commentaire personnel sur le choix d'un partenariat public-privé pour faire le recueillement des votes et le comptage. La compagnie PG Élections s'est chargée de cette tâche. Un peu partout, les équipements informatiques, dont ceux devant offrir les résultats sur le web au fur et à mesure de leur dévoilement, plantent. La compagnie n'a pas été foutue de prévoir l'usage qui serait fait de ses équipements et d'en fournir en conséquence. Et surtout, la remise en route tarde. Sur un autre point, les résultats des mairies d'arrondissements et de villes sont connus, mais où sont les résultats des postes de conseillers? À en croire ce retard (on devra probablement lire les journaux demain matin pour connaître ces résultats), doit-on conclure que ces postes sont des sous-postes? Pourtant, le citoyen qui désire s'exprimer va voir en premier lieu le conseiller. C'est lui qui a le plus grand contact avec le citoyen. Celui-ci est en droit de savoir à qui il aura affaire. Mais non, pour cette compagnie, qui, rappelons-le, a comme but de faire du profit et non d'offrir un service à la population, certains postes sont plus importants à dévoiler que d'autres, et elle peut se permettre de juger qui la population n'a pas à connaître.
Va-t-on ravoir recours à un PPP au prochain scrutin? J'espère que vous direz un gros «NON»!
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