Notre Columbine à nous
Avez-vous déjà entendu parler du drame de l'école Columbine, au Colorado, survenu le 20 avril 1999? Deux étudiants assassinèrent 13 personnes, dont un professeur, après avoir tenté, en vain, de faire exploser deux puissantes bombes dans la cafétéria de l'école. Cet événement est d'ailleurs à l'origine du documentaire Bowling for Columbine, de Micheal Moore, que je me permets de vous suggérer si vous ne l'avez pas déjà vu.
Aujourd'hui, au collège de Dawson, Montréal a vécu son Columbine. Un jeune est entré dans le collège, après avoir déjà tiré sur quelqu'un au coin des rues Atwater et De Maisonneuve, et a ouvert le feu dans la cafétéria et dans les corridors, à l'aide d'un fusil mitrailleur de type AK-47. Au moment d'écrire ces lignes, le décompte était de 19 étudiantes et étudiants blessés, dont 6 très grièvement, ainsi qu'une étudiante tuée.
Le seul suspect confirmé par le porte-parole des forces policières a été abattu.
Le parallèle avec la Polytechnique a vite été fait par plusieurs. La tuerie de l'Université Concordia, en 1992, a aussi été évoquée. Personnellement je préfère comparer cette journée à la tuerie de Columbine puisqu'elle s'y apparente beaucoup plus. Il n'y a aucune sélection évidente des victimes (contrairement à la tuerie de la Polytechnique) et ce n'était pas un professeur qui s'attaquait à des collègues (contrairement à celle de Concordia).
C'était assez prévisible, mais plusieurs élus ont fait le lien avec le registre des armes à feu. Voyez ce qui arrive quand on veut abolir le registre, qu'ils disaient. Pourtant, le parallèle ici fait est plutôt ridicule. Je suis en faveur du maintien du registre, mais celui-ci est là pour régir les armes de chasse. On parle ici d'une mitraillette AK-47. Ça ne s'enregistre pas, un AK-47. Essayez de le faire, et c'est la police, à grands coups de menottes, qui vous laissera savoir que l'enregistrement est refusé.
Ne pas se tromper de prévention
Si vous écoutez les tribunes ouvertes à la radio ou la télévision, vous allez voir revenir souvent l'idée de la méga-sécurité dans les écoles, par exemple, le détecteur de métal, la fouille à l'entrée le matin, les agents de sécurité partout partout partout, et j'en passe. Mais ne virons pas fou! Une tuerie au AK-47 au Collège Dawson par un homme habillé style gothique, ça n'arrive pas tous les jours.
Si on commence à voir la vie de cette façon archi-préventive, il faudra commencer à avoir des policiers armés à chaque mètre carré, avec des lunettes aux rayons-X pour voir les armes sous les vêtements. Même collé entre deux policiers, une personne peut très bien sortir discrètement une arme et abattre quelqu'un. Il est inutile de contribuer à laisser vivre les gens dans un environnement de sur-sécurité, de stress forcé et de paranoïa. C'est impossible de prévenir tous les crimes. On ne vit pas dans Minority report, quand même. On gagnerait beaucoup plus à sensibiliser les gens à la réaction: quoi faire quand un événement de ce type arrive, comment évacuer, bref, comment réagir quand de telles situations arrivent.
La seule prévention qu'on puisse faire, c'est en analysant les raisons derrière le crime et en s'attaquant aux problèmes sociaux qui expliquent ces raisons, quels qu'ils soient.
Qualité de réaction
S'il est une opinion que je peux affirmer sans hésiter, c'est que les policières et les policiers ont fait un excellent travail. Une partie d'entre elles et eux étaient déjà sur place à cause des premiers coups de feu hors du collège, mais il reste que les autres équipes, tant les simples policiers et policières que les escouades de choc et anti-émeute, sont débarquées en un temps très court. Leur intervention, ainsi que celle des ambulancières et des ambulanciers, mérite des félicitations.
C'est dommage que le tireur soit mort. Je ne remets aucunement en question le fait que les policières et les policiers l'aient abattu; vous conviendrez sans doute qu'on ne niaise pas avec une personne qui se promène dans un collège avec une mitraillette et qui ne se gène pas pour tirer. Mais sa capture, si elle avait pu être effectuée sécuritairement, aurait permis une analyse psychiatrique et psychologique fort intéressante quant aux motifs derrière cette tuerie.
À vous tous et toutes qui avez vécu de près ou de loin ce cruel événement, je vous souhaite de tout coeur de réussir à surmonter les difficultés psychologiques qui s'en suivront. Et à vous tous et toutes qui reposez présentement à l'Hôpital Général de Montréal, je vous souhaite un très bon rétablissement.
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