La sorcière des routes
Il est bien généralement admis que l'état des routes au Québec fait vachement pitié. Et avec raison! Dès qu'on passe la frontière avec l'Ontario ou les États-Unis, la suspension du véhicule devient soudainement beaucoup moins sollicitée. La non-confiance des citoyennes et des citoyens envers leur réseau routier a été largement nourrie avec l'incident du viaduc du boulevard de la Concorde. Mais à force de se contenter d'entretien réactif alors qu'on pourrait s'attaquer à la véritable cause des problèmes routiers, on ne fait que courir après le trouble.
Nos tronçons de route accueillent chaque année une quantité inimaginable de passages de véhicules. De simples voitures comme des véhicules lourds. Il n'y a pas que le gel et le dégel de la route, l'hiver, qui détruit la chaussée, mais les véhicules aussi. Chaque passage abîme un peu plus la route et la structure qui la soutient (ça comprend, bien sûr, les viaducs). À la quantité de véhicules qui circulent chez nous, il faut entretenir la route de façon régulière, ce qui, vous conviendrez, n'est pas fait adéquatement. Cet entretien, ça coûte ses sous. Beaucoup de sous. Les États-Unis ont choisi de recourir au péage et d'exploiter le principe utilisateur-payeur. Compte-tenu du caractère utilisateur-destructeur du mode de vie «tout à l'auto», le péage public (j'insiste sur le caractère public; le pont de la 25 ne sera pas public, soit dit en passant...) est une solution fort acceptable pour responsabiliser les automobilistes et les faire contribuer davantage pour compenser la dégradation des routes et de l'environnement. Mais ce n'est pas la-dessus que je veux m'attarder.
Il y a trop de véhicules sur les routes. Trop de voitures individuelles, trop de camions de transport de marchandises. Les routes ne peuvent supporter tous ces engins. Le viaduc détruit envoie un message clair la-dessus. En plus des problèmes routiers occasionnés, il y a tout le volet environnemental. Trop de voitures, trop de congestion, trop de pollution (on est rendu avec des alertes au smog en plein hiver, ça fait dur!), trop de problèmes, quoi. Il est sérieusement temps qu'on prennent de vraies mesures incitatives au transport collectif, avec des mesures dissuasives à l'automobile. Car si on améliore le transport en commun, les usagers y verront une meilleure accessibilité, mais rien ne forcera les automobilistes à faire le saut.
Les mesures prises par la ville de Laval et sa Société de transport constituent un modèle. On a prolongé la voie réservée du boulevard des Laurentides (de peu, mais bon, c'est toujours mieux qu'un pied au derrière), ce qui a empiré le bouchon de circulation, mais on a fourni un trajet gratuit en autobus ainsi qu'un stationnement incitatif dans celui du cinéma Pont-Viau 16. Une ligne avec une fréquence de cinq à dix minutes. La seule solution pour compenser la fermeture de l'autoroute 19 et celle partielle du pont Papineau-Leblanc. Ajoutons à ça l'ajout d'un passage de train de banlieue et la hausse de fréquence de passage du métro. Succès discutable ce matin. Il faut espérer que les gens embarqueront davantage dans les prochains jours.
Un problème majeur, toutefois: il a fallu attendre qu'un viaduc se détruise, tue cinq personnes et en blesse six autres pour que de telles mesures soient prises. Afin de diminuer le smog et la pollution, de telles mesures devraient être disponibles de façon permanente. Voie réservée sur toute la longueur des artères sujettes à embouteillage (autoroutes comprises, pour les trajets d'autobus express); trajets d'autobus gratuits; péage pour dissuader les automobilistes de prendre leur voiture lorsque le transport collectif est présent et pour financer ce dernier ainsi que l'entretien requis de la route. De quoi de beaucoup plus encourageant à opter pour le transport collectif, grâce auquel on réduit la pollution et l'usure de la chaussée et des infrastructures routières, et donc évitant des drames comme celui de samedi.
Le débat (pardon, le cirque verbal) sur le mauvais état des routes est concrètement relancé. La route est pourrie, les automobilistes n'ont rien du tout à se reprocher, l'abus est un concept inventé par les sales go-gauches écolos. Le besoin d'utiliser son char est illimité, c'est au gouvernement de mettre plus de routes, plus de ponts. Et ces routes et ponts ont intérêt à tenir et rester beau, sinon, gare aux élections! Au volant, on veut des exiges, pis tassez-vous de d'là!
De toute façon, c'est de la faute au gouvernement.
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