As far as she's concerned...

Léger problème en la demeure (un de plus, disons-le): celle qui n'a cure des Québécois et des Québécoises a décidé de consulter les entreprises du milieu automobile avant de dévoiler son plan vert pour le Canada. Oups, scusez-moi, son approche verte. Parce qu'elle a changé le nom, en pensant que ça serait un changement insignifiant pour les citoyennes et les citoyens.

Notre chère sinistre fédérale de l'environnement, Rona Ambrose, prend la démocratie très à coeur, il va sans dire. Elle consulte. Elle demande l'opinion des gens. De gens bien soigneusement sélectionnés, bien entendu. L'opinion de l'industrie de l'automobile reflète sans aucun doute celle des Canadiennes et des Canadiens. Et peut-être même sans sarcasme, malheureusement. Dans l'ouest canadien, on ne vit que pour notre bonne et belle industrie pétrolière, les intérêts environnementaux passent loin derrière dans les priorités des gens. Et comme Mme Ambrose l'a clairement dit: «Quebec is not really a concern to me.» On pense différemment, mangeons donc tous de la chnoute.

L'approche verte des Québécois et des Québécoises, qui demandent un plan d'État concret pour accompagner leur approche, ne vaut donc pas grand chose à ses yeux. Et elle ose, aux Communes, s'excuser si les gens ont mal interprété ses propos! Mme Ambrose, ce n'est pas suffisant de nous ignorer, en plus il faut que vous nous preniez pour des dindons? Vos propos étaient on ne peut plus clairs: Quebec is not really a concern to you.

Encore plus effrayant, la sinistre peut compter sur l'appui du très militant Buzz Hargrove, le président des Travailleurs canadiens de l'automobile. Cliché d'un pur militant, bien buzzé. Il s'oppose à un éventuel vrai plan vert, en craignant des pertes d'emploi dans son industrie. Décidément, vers l'ouest, même les syndicats pensent à droite. Lui qui a tenté un «anybody but Stephen» aux dernières élections en appuyant les Libéraux vient faire un beau cadeau à toute l'industrie automobile, et à la sinistre elle-même qui, avouons-nous-le, doit se foutre le plan vert au plus profond de son derrière...

On ne verra visiblement aucun plan d'action en matière d'environnement de la part de la sinistre. Au mieux devrions-nous voir un plan s'adressant principalement aux particuliers, un peu comme le fut le Défi d'une tonne. On ne se cachera pas que personne ne s'attendait au contraire. Le gouvernement conservateur est beaucoup trop copain-copain avec l'administration Bush et les compagnies pétrolières et automobiles pour leur tordre le bras et faire avancer les choses. La satisfaction que les industriels de l'automobile laissaient échapper au sortir de leur rencontre avec Mme Ambrose ne laissera personne dupe. Et même si on laissait échapper qu'on s'enlignerait sur les mesures concrètes de Californie, il faut croire que ce n'était qu'une question d'image, les élections étant toujours possibles à très court terme.

Et, à bien y penser, I guess that ecology is not really a concern to her...

Je ne connais pas tous les détails du protocole de Kyoto, mais je pense que c'est pour ne pas toucher à l'industrie pétrolière de l'Ouest que M. Harper souhaite se retirer du protocole. L'industrie pétrolière génère énormément de pollution et provoquerait certainement des dépassements dans les quotas.

Je vais jouer au jeu : comme tu ne cites qu'une phrase de la ministre, sans donner son contexte et le reste des propos, j'oserai croire que pour elle, «Quebec is not really a concern to me» en matière d'environnement, parce qu'il serait moins pollueur que les Prairies. Quelle est cette "approche verte" que Mme Ambrose préconise ?

Sa réponse complète, dite devant les meutes de journaleux (ces moments où on répond très vite): «Quebec is not really a concern to me. This is about having a credible program and a national plan. We're not going to create policy for political expediency.»

Traduction approximative: Le Québec n'est pas un souci pour moi. Il s'agit ici d'avoir un programme crédible et un plan national. On ne jouera pas sur la politique pour contenter tout le monde.

J'ai beaucoup plus l'impression, compte tenu du gros sourire des gros investisseurs de l'industrie automobile, que les propos de Mme Ambrose s'attaquent à ce qu'elle pourrait qualifier d'utopie québécoise en terme d'environnement. C'est bien beau l'écologie, mais on a une économie et des industries à maintenir. On irait donc vers un plan national (donc personne n'a plus d'efforts à faire que d'autres) mais qui s'attaquerait au problème sans trop pousser sur les industries pétrolières et automobile (donc qui ne s'attaquerait pas au problème, au fond). On prend le maximum d'efforts possibles pour celui qui peut en faire le moins (l'Alberta, bien sûr) et on applique au niveau national.

En gros, c'est comme ça que je le l'interprète. C'est toujours délicat, les interprétations. ;-)

Maintenant, de quoi aura l'air le plan, aucune annonce concrète n'a encore été faite et on tente de démystifier dans le nébuleux. À peu près toutes les tendances politiques (autant chez les fascistes que chez les anarchistes, pour nommer les extrêmes) savent à quoi s'attendre, environ, et ces attentes se rejoignent. Maintenant, certains applaudissent d'avance, d'autres dénoncent d'avance. Mais personne autre que le gouvernement pourrait dire ce qu'il y aura dans l'approche verte de la sinistre.