La guérilla du «cheap labor» se poursuit

L'industrie québécoise du textile vient à nouveau de recevoir une gifle. La fermeture annoncée de l'usine de l'entreprise Cardinal Clothes, à Montréal, est sans surprise. Ce n'est pas la première, et c'est loin d'être la dernière.

Depuis que le gouvernement libéral de Paul Martin a mis fin à l'Accord sur les textiles et sur les vêtements, en décembre 2004, ces compagnies se font offrir deux choix: vous faites fabriquer en Chine par des employés et employées au salaire dérisoire, ou vous faites fabriquer ici en respectant les normes du travail imposées pour tous les gens qui travaillent ici. Le choix, lorsque posé de façon aussi simple et sans restrictions, est vite fait. Il ne faut pas s'étonner de voir vos emplois disparaître.

Gilles Duceppe, qui s'est joint au nom du Bloc Québécois aux travailleurs et au travailleuses de l'usine pour réclamer des mesures concrètes du gouvernement fédéral, se plante toutefois quand il dit que ce n'est pas un effet secondaire de la mondialisation. Cet idéal commercial cherche concrètement à faire disparaître les barrières tarifaires à l'importation un peu partout dans le monde pour qu'il y ait une véritable économie mondiale, où les produits et ressources se promèneraient sans aucune contrainte d'un pays à l'autre. Or c'est justement cette absence de barrières tarifaires dans le milieu du textile qui permet à l'industrie de profiter des bas salaires de plusieurs pays pour sauver de l'argent, et venir vous vendre le produit moins cher que ce que peuvent demander les vendeurs de produits québécois. Ainsi, ces derniers ne vendent plus et tombent. Ou délocalisent leur production à leur tour.

Non pas que je sois contre le fait de créer de l'emploi en Chine et dans tous ces autres pays, loin de là, mais si on veut absolument jouer avec le capitalisme, il faut jouer jusqu'au bout et s'assurer que de la production puisse se faire sans difficulté chez vous. Même les États-Unis et l'Union Européenne ont imposé des tarifs solides dans les marges que le permettent les règles de l'Organisation mondiale du commerce. Leurs industries s'en portent très bien grâce à ça.

Si on veux maintenir nos industries contre la concurrence internationale, contre des compagnies qui vous enculent littéralement en délocalisant le travail, deux solutions: embarquer dans le train de l'exploitation et des conditions de travail de crève-faim, ou imposer des frais douaniers élevés pour tout produit venant des pays où l'exploitation des travailleurs et des travailleuses règne. Faites votre choix, moi j'ai fait le mien.