CORPIQ: Ces riches qui en arrachent
La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) est connue pour ses multiples sorties contre les différents moyens de défense et d'information qu'ont les locataires du Québec. Encore tout récemment elle se faisait débouter en Cour car elle voulait forcer la Régie du logement à cesser d'émettre une suggestion annuelle concernant la hausse du loyer. Cette fois, les corpos de la CORPIQ montent au front pour exiger ni plus ni moins qu'un moratoire sur la construction de logements sociaux.
Argument invoqué? Le taux d'inoccupation au Québec a augmenté cette année, passant de 2% à 2,7% à Montréal, de 1,4% à 1,5% à Québec, puis de 3,1% à 4,2% à Gatineau. C'est ce qui ressort de l'enquête annuelle de la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL).
C'est beau les moyennes
Vous vous souvenez, à l'école secondaire, il y avait toujours un élève studieux pour faire monter la moyenne de la classe alors que tout le monde coulait ou presque? C'est pareil avec le logement. Je ne trouve pas les chiffres pour Montréal et Gatineau, mais à Québec, selon le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le taux d'inoccupation pour les logements de 550$ par mois ou moins frôle le 0%, alors que pour les logements de 1000$ ou plus, il y a environ 5% d'inoccupation.
Vous conviendrez que les plus démunis n'ont pas vraiment accès à ces 5% de logements à 1000$. Il est donc clair que la moyenne ne veut rien dire de concret, et que les plus démunis ont absolument besoin des logements sociaux. Qui plus est, le coût du loyer continue d'augmenter. À titre d'exemple, selon le FRAPRU, depuis 2000, le coût moyen des 4 et demi à Montréal est passé de 509 à 636 dollars par mois. C'est donc une augmentation de 25%, ce qui est supérieur de 11,5% à la hausse de l'Indice général des prix à la consommation pour cette région et pour la même période de temps.
Logement et fossé social
Il est classique de dire que les riches s'enrichissent et que les pauvres s'appauvrissent. Mais cette fois, répétons la chanson, chiffres à l'appui, pour compléter les chiffres sur le coût du loyer. Gérard Fillion, chroniqueur économique à Radio-Canada, nous apprenait hier que les 20% des gens les plus riches au Canada (dont la richesse est calculée à 551 000$ ou plus) se sont enrichis de 19% entre 1999 et 2005, tandis que les 20% les plus pauvres (dont la richesse est calculée à -1000$ ou moins) se sont appauvris de 43%. En fait, ces vingt pour cent les plus démunis du Canada n'ont aucune richesse, puisque leurs dettes sont plus élevées que leurs avoirs...
Raison? Le logement! C'est le coût du logement qui épuise financièrement les familles à faible revenu du Canada, puis qui enrichit les propriétaires immobiliers, dont plusieurs font partie du fameux quintile le plus riche de la population.
Une analyse trop capitaliste qui ne veut rien dire
Qu'est-ce qu'on peut retenir de tout ça? Non, les logements abordables ne sont pas plus disponibles qu'avant, non, les gens plus démunis n'ont pas un meilleur accès au logement. Une véritable plus grande disponibilité du logement provoquerait une baisse de prix, comme le voudrait la loi de l'offre et de la demande. La construction de nouveaux logements sociaux est donc encore nécessaire, et même urgente.
D'un point de vue strictement capitaliste, la CORPIQ a raison de contester ces mesures sociales, car elles nuisent au développement économique à court terme des propriétaires immobiliers. Mais le problème, c'est justement que c'est un point de vue uniquement capitaliste. Une fois analysés comme il faut, les chiffres montrent très clairement que la situation est critique pour les gens plus démunis, et que la CORPIQ ne cherche qu'à louer des logements, sans aucun égard à leur situation sociale et financière.
De l'égoïsme capitaliste, quoi.
À titre de référence, voici quelques liens qui pourraient vous intéresser sur le sujet.
- Étude de Statistiques Canada: Inégalité de la richesse
- Blogue de Gérard Fillion: Pauvres riches!
- SCHL: Le taux d'inoccupation national des appartements locatifs diminue légèrement et s'établit à 2,6%
- FRAPRU: La situation ne s'améliore pas pour les locataires à faible et modeste revenus
- Radio-Canada: Logements sociaux: Les propriétaires veulent un moratoire
- Le Devoir: La CORPIQ déboutée
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