Future tarification douteuse à la STM
Vous en avez plein le cul des hausses de tarif du transport en commun? Attendez, vous n'avez encore rien vu. Hier matin, La Presse publiait de sympathiques idées lancées par la Société de transport de Montréal (STM) quant au mode de paiement dans le métro, hypothèses qui seraient rendues possibles par l'introduction d'une carte à puce.
Si la STM allait de l'avant, ça en serait fini de l'accès illimité pour un mois, selon le quotidien montréalais. La porte-parole de la STM, Marianne Rouette, s'est dépêcher de démentir cette future disparition de la fameuse CAM, mais admet toutefois que divers scénarios sont à l'étude.
Le transport à-la-carte
Une des idées que nous expose l'entreprise serait de faire payer pour chaque station franchie. Vous passez votre carte à puce sur une borne dans votre station de départ, vous passez ensuite votre carte sur une borne dans votre station de destination, et le coût serait calculé en fonction du nombre de stations franchies puis déduit de votre carte. Un fonctionnement semblable mais par zone géographique plutôt que par station est aussi étudié.
Un principe d'utilisateur-payeur serait ainsi parfaitement appliqué. Un fonctionnement qui, selon Claude Trudel, président de la STM, est un succès dans certaines villes comme Washington.
Contribution massive en faveur des inégalités sociales
J'aimerais bien savoir quelle est sa définition du succès. Plus d'argent dans les coffres de la société de transport? Oui, sans aucun doute, mais qu'en est-il de la réaction des usagers et des usagères? Des groupes de défense des classes démunies de la société? Il ne faut pas se leurrer, pour beaucoup de gens, le transport en commun n'est pas un choix mais une nécessité. Ces gens ayant de faibles revenus ou n'étant pas solvables auprès des banques ne peuvent recourir à l'achat d'une voiture personnelle. Ils sont donc dépendants du transport collectif. Le fait que ces gens continuent de prendre l'autobus et le métro après qu'un tel mode de paiement ait été appliqué ne signifie donc pas de facto qu'ils sont plus à l'aise avec ce mode de paiement: ils n'ont juste souvent pas le choix de suivre et d'endurer les frais.
Un sérieux problème d'inégalité survient également: pourquoi les gens demeurant plus loin de leur travail doivent-ils être pénalisés? Il est faux de croire qu'on a le choix de l'endroit où on souhaite résider. Puis-je rappeler cette étude récente de Statistique Canada qui, en démontrant les inégalités socio-économiques, met en évidence la richesse négative (comprendre: sous zéro) de 20% de la population canadienne? Cette catégorie de la population est constamment malmenée par le coût du logement trop élevé et doit se contenter des logements peu chers se situant loin du centre-ville, souvent passé les extrémités des lignes de métro. Ces gens franchissent donc plus de stations de métro pour aller travailler chaque matin, et ce n'est pas par choix. Les pénaliser financièrement pour leur plus long voyage ne ferait qu'accroître la misère dans laquelle ils vivent déjà beaucoup trop profondément.
La STM en fonction de l'offre et de la demande?
Une autre possibilité, celle-ci ayant supposément attiré les foudres des lecteurs de La Presse, est de charger plus cher aux heures de pointes, dans le but officiel d'inciter les passagères et les passagers n'ayant pas besoin de voyager durant ces heures à ne pas le faire. Mais les gens ne sont pas dupes, il s'agit purement et simplement d'une façon de prendre en otage les usagères et les usagers. Une journée typique d'études ou de travail, c'est de 8h à 16h, ou de 9h à 17h, ou quelque chose comme ça, bref, d'heure de pointe à heure de pointe.
Il se trouve également qu'à l'heure de pointe, il y a des voitures qui circulent. Beaucoup de voitures. Trop, même. Parmi tous ces individus qui prennent le métro quotidiennement, il y en a plusieurs qui ont accès à une voiture. Peut-être même qu'ils en possèdent une. Et peut-être même qu'ils commenceraient à l'utiliser pour se rendre au centre-ville pour le travail. Après tout, ces gens ne veulent pas se faire rire au visage par la STM, et avec raison!
Abuser des personnes que l'on croit dépendantes fera fuir celles qui ne le sont pas vraiment, rendra encore plus précaire la situation de celles qui sont réellement dépendantes du transport en commun, puis, en bout de ligne, fera chier tout le monde. Sauf le conseil d'administration de la STM.
M. Trudel, au travers de sa porte-parole, s'est rattrapé en mentionnant que ce ne serait pas les heures de pointe qui coûteraient plus cher, mais les autres plages horaires qui coûteraient moins. Cherchez la différence. Augmenter le coût général (puisqu'ils font ça constamment), baisser le coût hors-pointe, en bout de ligne, on a chargé plus cher pour les heures de pointe...
Simple stratégie par un vent de panique?
Toutes les raisons sont là pour se méfier des projets de la STM. Oui, la carte à puce est une bonne idée car, étant durable, elle permet de procéder plus écologiquement que les cartes actuelles. Mais hausser aussi sauvagement les tarifs en abusant de la technologie de la carte à puce, ça ne fera que creuser davantage le fossé social qui déchire la population.
Dans un autre ordre d'idées, on peut se demander si la STM ne serait pas en train d'utiliser le bon vieux stratagème qui consiste à créer un vent de panique en laissant entendre des idées affreuses, d'opter finalement pour une solution moins pire (celle qu'elle recherche vraiment), puis d'avoir les gens qui sont soulagés alors que les hausses de prix ont quand même de quoi les frustrer...
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Pourquoi hausser les coûts des transports en commun (et donc rebuter certaines personnes à utiliser ce type de voyagement), alors que l'on cherche à gagner de nouveaux usagers pour libérer les routes et diminuer l'émission de gaz à effet de serre ? Au contraire d'une hausse des prix, la STM (et d'autres sociétés de transport) devraient plutôt s'interroger sur des moyens d'inciter et favoriser l'usage des transports en commun, augmentant ainsi leur clientèle. Y'a qu'à voir ce qui s'est produit à Laval...
À Laval, l'accès gratuit à la navette mise en place après l'effondrement du viaduc a montré qu'un transport collectif peu cher, voire gratuit, est une formule gagnante.
Le problème ne vient pas de la STM. Le rapport du chef de Projet Montréal sur le premier mandat de M. Tremblay souligne que :
« Sous Pierre Bourque, le financement de la STM avait été réduit de 15 %, la Ville ayant diminué sa contribution financière sans que personne ne prenne le relais. Ce qui entraîna une réduction de 10 % du niveau de service. Gérald Tremblay a pour sa part haussé le prix sans améliorer le service. »
La semaine dernière, il en remettait.
L'argent est là, et on se demande ce qu'attend Tremblay pour l'investir dans le transport en commun.