Louise Harel, gratuité scolaire et langue de bois
Hier midi, le Collège de Maisonneuve a reçu la visite de Louise Harel, députée et candidate péquiste dans Hochelaga-Maisonneuve. La conférence a essentiellement porté sur la nécessité de faire la souveraineté, avec quelques coups contre les Libéraux et les Adéquistes. Une présentation très intéressante mais qui s'est gâtée lors de la période de question, où Mme Harel s'est transformée en langue de bois, écartant de façon très démagogique l'intervention d'une étudiante et cherchant à contourner tout ce qui portait sur la gratuité scolaire.
Tout d'abord, un exécutant de l'association étudiante, appelons-le Georges-Henri, est allé demander ce que le Parti Québécois pensait de la gratuité scolaire, considérant que cet enjeu fait partie du programme du parti mais que seul le gel fait partie de la plateforme électorale. En réponse, on apprend que le PQ accepte l'idée de la gratuité scolaire, mais à condition que les étudiantes et les étudiants acceptent une contrepartie. La gratuité doit constituer un accord.
Ensuite, une étudiante, appelons-la Henriette-Eugénie, est allée au micro pour faire mention des 1,9 milliards de dollars de coupures en éducation et de la tentative de dégel des frais qui avaient eu lieu sous le règne péquiste, entre 1995 et 2003. Elle lui demande comment la population étudiante peut être rassurée par toutes les belles promesses du PQ avec le passé qu'il a, et en profite pour demander à Mme Harel comment elle ressent sa présence dans cet ancien gouvernement de droite, elle qui est sociale-démocrate. Mme Harel réplique d'une façon plutôt décousue: elle demande à Henriette-Eugénie si elle compte voter. L'étudiante étant connue de plusieurs militantes et des militants (dont ceux et celles du comité péquiste du collège) comme étant anarchiste, il s'agissait incontestablement d'un piège tendu par Mme Harel, dans lequel l'étudiante tombera rapidement. Pour Mme Harel, le jeu des étiquettes politiques lui permet d'écarter la question gênante en attaquant l'individu l'ayant posée, puis ne parle que de sa fierté d'avoir fait partie d'un gouvernement social-démocrate qui a réalisé de belles choses, qu'elle prend le temps de lister. Gouvernement social-démocrate de Lucien Bouchard et de Bernard Landry... on repassera. D'autant plus qu'en bonne politicienne, elle omet de mentionner toutes les coupures réalisées par son parti, dont celles en santé qu'on endure encore aujourd'hui.
Vient finalement mon tour. Je prends le temps de répéter certains des propos de Louise Harel, au sujet de l'importance de l'éducation et de son accessibilité pour une économie forte, et je ramène l'idée de cet accord pour la gratuité scolaire où les étudiantes et les étudiants accepteraient une contrepartie. Je lui demande pourquoi le Parti Québécois ne met pas à l'avant-plan le projet de gratuité avec les contreparties possibles, pour que la population, tant étudiante que non-étudiante, puisse réfléchir et débattre de cette option. Elle répond que c'est aux étudiantes et aux étudiants de proposer des contreparties, et non pas au PQ. Je poursuis en parlant du fait que l'accession à la gratuité scolaire sera une constante négociation entre l'État et le mouvement étudiant, que ce dernier a fait part de ses demandes et les maintient, et que si un gouvernement péquiste voudrait des contreparties, c'est à lui de répondres aux demandes étudiantes en élaborant une offre, qui contiendrait ce que l'État offre et demande en concession. La discussion se poursuit et Mme Harel finit par admettre que le Parti Québécois a rencontré les «leaders étudiants» (comprendre: la FECQ et la FEUQ) il y a quelques semaines pour leur préciser les contreparties possibles. Je conclus mon intervention en lui mentionnant que la population étudiante ne se résume pas à ses leaders, et que si la population n'est pas informée des idées du Parti Québécois, elle ne peut les considérer lorsqu'elle se fait une opinion du parti.
Louise Harel a réalisé de belles choses dans sa circonscription d'Hochelaga-Maisonneuve, on ne peut le nier. Elle a de bonnes idées, est beaucoup plus à gauche que son chef et peut faire d'excellents discours. Mais hier, elle s'est comportée en politicienne, en langue de bois, laissant planer un flou autour de la gratuité scolaire, évitant de répondre aux questions qui ne lui plaisent pas, et en en écartant une de façon très irrespectueuse pour la personne l'ayant posée. Mme Harel s'attendait peut-être à des questions lèche-bottes sur la plateforme péquiste en tant que telle, ce n'est pas ce qui s'est passé. Et elle aurait dù s'y préparer mieux que ça.
L'espace d'un midi, Louise Harel a fait une péquiste d'elle-même. Et les étudiantes et les étudiants s'en souviendront.
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"Et les étudiantes et les étudiants s’en souviendront." -> En es-tu sûr ? Es-tu sûr que les étudiants ont une bonne mémoire ? Personnellement, j'ai l'impression que beaucoup ont oublié bien des événements (qui a parlé de la grève en 2005 ? d'accord, c'était les Libéraux).