École et fellation: Scandale, moi je vous le dis!

Avez-vous lu le pseudo-scandale dans le Journal de Montréal jeudi? La directrice de l'école L'Odyssée a forcé quatres élèves, qui ont ridiculisé un camarade en insinuant qu'il s'adonnait à la fellation, à rédiger une réflexion de dix lignes sur le sujet. Scandale!

Quelqu'un peut me dire où est le problème? Oui, la punition est un peu dure pour des jeunes de neuf ans. Mais si on considère la banalité avec laquelle des personnes aussi jeunes voient la sexualité, la punition n'est pas si illogique. La réaction des parents d'un des enfants a été de soulever l'affaire sur la place publique, et le journal douteux a vite sauté là-dessus pour faire une belle une. En suivant leur logique, il ne faut pas parler de sexe aux enfants de cet âge. En d'autres circonstances, j'aurais pu être d'accord avec eux. Mais aujourd'hui, les jeunes, même de cet âge, parlent de sexe d'une façon très indifférente et s'attaquent verbalement grâce à cette réalité. Sans réellement savoir ce que le sexe signifie ou implique.

La directrice de l'école a pris une excellente initiative. Un traitement fort mais qui pourrait facilement se montrer efficace. En devant réfléchir à leurs propos sur la fellation, ces enfants pourront prendre conscience que le sexe est une réalité qu'ils ne connaissent pas. Il ne faut pas tenter de garder ce sujet comme tabou auprès des enfants, car ceux-ci s'y familiarisent d'eux-même. Ils n'ont pas à chercher bien loin pour se faire proposer des propos et images osés: il suffit pour eux de regarder Musique Plus pendant quelques heures. Il est donc grandement temps de prendre des mesures concrètes dans les écoles pour éduquer les jeunes sur la question du sexe. Non pas en leur expliquant comment chaque pratique se fait et laquelle l'enseignant préfère, mais en leur faisant comprendre que ce n'est pas aussi simple et approchable que les enfants le croient de plus en plus.

Sans doute que la directrice aurait pu escalader davantage les moyens de sensibilisation. Mais au moins elle a le mérite de s'être attaquée au problème d'une façon logique. C'est à force de taper sur le clou que les enfants cesseront de se voler eux-même leur enfance. Pas en se mettant la tête dans le sable pendant qu'eux continuent de regarder clairement à la surface. Tandis que maintenant que Québécor projette l'histoire en blâmant la directrice sans arrêt, les jeunes n'en comprendront qu'elle est dans le tord et qu'ils peuvent oublier toute réflexion.

Et retourner fantasmer en paix.

Je suis d'accord sur une chose : il était important pour la directrice d'école (mais ç'aurait tout autant pu être leurs enseignants) de réagir immédiatement à l'offense. Laisser couler la situation, ou bien seulement attendre avant de réagir, aurait miné l'autorité de la direction d'école.

Cela dit, réagir immédiatement signifie quelque chose d'aussi banal que "Vous quatre viendrez me voir dans mon bureau à la fin de la journée." Afin de donner du temps à la direction d'école de trouver une punition mieux adaptée au contexte. Au lieu de faire rédiger un court texte sur la fellation, elle aurait pu exiger l'écriture d'une réflexion sur les incidences que provoque le colportage de fausses rumeurs, ou encore sur l'importance du respect des autres. À ce moment-là, la direction aurait été acclamée par les parents et les médias n'auraient même pas parlé de cet incident.

Je ne pense pas qu'il soit adapté de parler de fellation à cet âge. Il est vrai que cela peut amener l'enfant à discuter sexualité avec ses parents et donc initier l'enfant aux bonnes pratiques... mais veut-on vraiment les y initier à cet âge ? Au contraire, je crois que leur expliquer la fellation les incitera à essayer cela plus tôt, à un plus jeune âge ! La punition imposée n'était donc, à mon avis, pas la plus adaptée.