STM: Un défi de taille pour les employé-e-s d'entretien

Trois ans et demi après la grève de 2003, les employé-e-s d'entretien de la Société de transport de Montréal repartiront en grève ce mardi dès minuit, si aucune entente n'aboutit. Ces travailleurs et ces travailleuses se lancent dans un combat fort difficile: la démagogie est à son plus fort pour la partie patronale depuis l'annonce de la grève, qui ne rate aucune occasion de faire passer les membres du syndicat pour des enfants gâtés. Mais ce n'est pas l'obstacle le plus difficile à surmonter: comment s'attirer la sympathie de la population montréalaise alors que cette grève ne fera que lui casser les couilles?

Qu'est-ce qu'une grève illimitée?

Sans doute qu'il serait bon de se remémorer ce qu'est une grève illimitée et quel est son objectif. Une grève illimitée est un moyen de pression qui consiste en un arrêt de travail de la part des employé-e-s d'une entreprise, et ce pour une durée indéterminée. Ainsi, le patron a beaucoup moins de productivité et de revenus, le personnel survit grâce à un fond de grève, les deux parties se retrouvent dans une situation où elles ont intérêt à ce que la grève se termine rapidement. Et donc le retour à des négociations sérieuses est forcé.

Du côté des employé-e-s, on doit aussi aller chercher la solidarité de la clientèle de l'entreprise, afin qu'elle les encourage et accentue la pression sur l'employeur. Mais comment aller chercher la sympathie d'une clientèle qui dépend tout simplement du service qui est perturbé?

Bien qu'au sens de la Loi un service est essentiel seulement s'il a trait à la santé ou la sécurité publique, il faut se rendre à l'évidence: dans la vie de tous les jours, dans la vie des citoyennes et des citoyens, le transport collectif est un service essentiel. Ce sont plusieurs centaines de milliers de Montréalais et de Montréalaises qui dépendent de la STM pour se déplacer. Ne serait-ce que pour aller travailler ou aller à l'école. Pour ces gens, il suffit d'un peu de temps supplémentaire, ou encore d'une retenue ou d'un travail d'équipe à faire après l'école, et le retour à la maison devient un véritable calvaire. Sans compter le fait que ce n'est pas tout le monde qui travaille de 8 à 4 ou de 9 à 5...

D'un autre côté, l'administration de la STM n'est absolument pas digne de louanges dans ce dossier. Le vote de grève s'est déroulé le 6 mai. Ce qui aura laissé 16 jours pour négocier sérieusement. Pourtant, le syndicat s'est buté tout ce temps à un enfant dans sa phase du non. L'administration de la STM adopte une stratégie assez simple: marteler que l'offre respecte la capacité de payer des Montréalais. Une stratégie qui relève du déjà vu. Vous vous rappelez, la convention collective forcée par le gouvernement libéral en 2005? Quelle était la stratégie adoptée? La capacité de payer des contribuables... La partie patronale refuse de négocier et préfère voir les syndiqué-e-s s'épuiser au combat, devant la pression qui vient autant du patronat que de la population.

Savoir utiliser la grève au bon moment

La grève illimitée est le moyen de pression le plus efficace contre un employeur. Toutefois, il faut savoir être raisonnable dans son usage. Cette grève sera un échec, même si l'administration de la STM se met à genoux. Car si obtenir gain de cause est un objectif, celui d'avoir la faveur de la clientèle en est un encore plus important. Entendons-nous que là-dessus, c'est peine perdue. Les artisanes et artisans de cette grève auront la population à dos tout au long du conflit, et même après, et leurs seuls appuis seront ceux venant d'autres syndicats.

Cette grève devrait également servir à relancer un débat: les services essentiels tels que la Loi les définit devraient-ils s'étendre au-delà des définitions de santé et de sécurité publique? Concrètement, le transport collectif devrait-il être considéré comme un service essentiel en tout temps, ce qui éliminerait le droit de grève dans ce domaine? En considérant les divers besoins de déplacement de la population, et que la liberté de déplacement fait partie de la Charte canadienne des droits et libertés, la réponse penche facilement vers un oui.

L'aboutissement d'un tel débat serait sans aucun doute la plus grande défaite des syndicats du transport collectif. Un débat improbable? N'oubliez pas que dans sa conquête de la classe moyenne, Mario Dumont et son parti pourraient très bien saisir la balle au bond et tenter de s'approprier les circonscriptions montréalaises aux prochaines élections...