Clinique Rockland MD: Pourquoi l'Hôpital du Sacré-Coeur l'a-t-elle choisie?
Vous vous rappelez de ce partenariat public-privé annoncé il y a quelques semaines entre la clinique privée Rockland MD et l'Hôpital du Sacré-Coeur? L'idée de ce partenariat est d'envoyer les chirurgiens et chirurgiennes, ainsi que leurs bénéficiaires, faire leurs opérations mineures d'un jour à la clinique Rockland MD. Le tout au frais de l'État: la clinique ne fait que louer ses locaux et son personnel médical non médecin. Sur le moment, la nouvelle aura relancé le débat sur les soins dans le secteur privé: d'un côté, on applaudissait, de l'autre on plaidait que le problème empirera.
Les gens en faveur du privé marquent un point important lorsqu'ils mentionnent l'horaire de travail chirurgical des médecins. En effet, à cause du manque de personnel infirmier, les blocs opératoires en milieu hospitalier ne peuvent offrir beaucoup de temps de travail aux chirurgiens et chirurgiennes. Plusieurs d'entre eux et elles opèrent même aussi peu qu'une journée par semaine, tout en ajoutant des gens sur la liste d'attente pendant leurs journées de cliniques, plus fréquentes. Les chirurgiens et chirurgiennes peuvent donc opérer dans plusieurs endroits différents.
Si cette logique vaut pour les médecins, elle ne vaut absolument pas pour le personnel infirmier. Celui-ci travaille à coup de cinq jours par semaine. Donc si on embauche un infirmier ou une infirmière dans le secteur privé, c'en est un ou une que le secteur public n'embauchera pas, ou encore pire, perdra. Ce partenariat sera donc une nuisance tant et aussi longtemps qu'on ne connaitra pas la fin de cette pénurie de personnel infirmier. D'autant plus que pendant que les cas mineurs vont au privé, l'hôpital conserve les cas lourds.
Comme toute actualité intéressante, cette histoire sera passée en coup de vent dans les médias. On n'aura que très peu parlé du fait que ce partenariat se négociera de gré à gré, sans aucun appel d'offres. Mais encore plus inquiétant, on n'aura jamais soulevé le conflit d'intérêt entourant cette entente.
La clinique Rockland MD affiche sur son site Internet la liste des médecins qui y pratiquent. J'ai téléphoné à l'Hôpital du Sacré-Coeur afin de comparer les listes de médecins de la clinique et de l'hôpital. Résultat? Il s'avère que les deux établissements ont trois chirurgiens en commun: Dr Éric Bensimon, plasticien; Dr Jean-François Bellemare, chirurgien général; et Dr Pierre Garneau, chirurgien général.
Selon la version en ligne du Registre des entreprises du Québec, ces trois chirurgiens n'ont pas d'intérêts financiers directs dans la clinique. Mais indirectement, ils en ont: il est toujours à leur avantage que leur lieu de pratique ait plus de travail à leur offrir.
Donc comment le choix de la clinique Rockland MD a-t-il été fait? En étudiant objectivement tous ses aspects, y compris ses démêlés avec la Régie de l'assurance-maladie du Québec? Ou sous le désir de faire plaisir aux médecins de l'hôpital? Ou, encore pire, sous une très hypothétique pression de ces même chirurgiens qui pourraient avoir menacé de changer de centre hospitalier?
Aucun appel d'offres n'a été effectué. On sait peut-être maintenant pourquoi...
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bonsoir,
je suis le Dr.Bellemare concerné
J'ai bien tenté d'obtenir votre E-Mail sans succès auprès du site en question. Laissez-moi remettre les pendules à l'heure...Avant d'émettre de tels commentaires, je vous suggère de vérifier un peu plus vos sources et d'éviter toute hypothèse sans savoir. Il n'est aucunement question de menaces de ma part (j'effectue plus de 95% de la chirurgie: mes collègues cités n'ont rien à voir dans le processus). Pourquoi Sacré-Coeur? Uniquement parce que le centre a été le premier à vouloir tenter cette expérience et réduire ses délais d'attente exponentiels par manque de personnel et de disponibilité de salles d'opération. Il coute environ 500,000 dollars à la société pour former un chirurgien général actif et on lui offre en retour une salle d'opération par semaine trop souvent amputé par manque de personnel ou autres ressources sans compter sur des délais imputables au laxisme de surveillance et de syndicalisme à outrance. Le résultat est que des patients doivent attendre plus de 2 ans pour une simple chirurgie d'un jour. Ma liste d'attente dépasse les 300 cas... Quel est mon avantage? Clairement pouvoir répondre au besoin de la population dans des délais plus raisonnables avec une mise en situation axée dans le même but. Comme vous le mentionner, aucun intéret financier complémentaire ne m'est attribué sinon de pouvoir facturer une journée de plus de chirurgie. Selon moi, un chirurgien actif devrait opérer quasi quotidiennement afin de répondre à une demande grandissante auprès de la population viellissante. Manque-t-il de ressources médicales au Québec? Non, il manque plutôt d'infrastructure pour les supporter. Le défi du gouvernement québécois n'est-il pas d'améliorer l'accesssibilité et la réduction des listes d'attentes. Le partenariat PPP en est probablement la solution du moins à court terme. Si d'autres centres hospitaliers peuvent le faire, ils seront surement les bienvenus. Notre but ultime est de débuter un projet d'avant-garde afin de maintenir notre réputation de meilleur système de santé au monde qui malheureusement est en banqueroute à mon avis. Je suis ouvert à toute discussion ultérieure à ce sujet puisque le texte serait beaucoup trop à lire. J'attends votre réponse impatiemment.
Jean-François Bellemare M.D. FRSCS, FACS
bonsoir.
finalement, je porte à croire que sans réponse de votre part depuis 11 jours, votre intérêt pour vos commentaires sont vacillants et purement hypothétiques. Les réponses n'affluent pas non plus de la part des lecteurs. Enfin, une belle occasion ratée de justifier vos énoncés.
Au plaisir de vous lire cette fois
Jean-François Bellemare M.D. FRSCS, FACS
Si vous teniez à une réponse dans les vingt-quatre heures, il fallait le mentionner. Sachez, Dr Bellemare, que mon implication politique est loin de se limiter à ce blogue et que le contexte actuel du mouvement étudiant me pousse à investir mon temps en dehors de mon blogue. C'est ce dernier qui est grand perdant car il ne retient ainsi aucun lectorat, mais je crois malgré tout mettre mes priorités aux bonnes places. Alors vos ridicules attaques, vous les gardez pour vous.
Maintenant, sur votre réplique en elle-même.
Vous dites: «Il coute environ 500,000 dollars à la société pour former un chirurgien général actif et on lui offre en retour une salle d’opération par semaine (...) des délais plus raisonnables avec une mise en situation axée dans le même but.»
Vous décrivez ici une situation dont je partage absolument votre point de vue. Mais comme je l'ai dit dans mon texte, votre situation n'est absolument pas la même que celle du personnel avec qui vous partagez le bloc opératoire. Le secteur public manque de personnel. Mais si on prenait le personnel de Rockland M.D. et qu'on le remettait dans l'Hôpital du Sacré-Coeur, les chirurgies dont le privé se vante fièrement de réaliser seraient faites dans le secteur public. C'est du pareil au même. Sauf qu'au privé, en plus des coûts de fonctionnement (matériel, salaires, etc) s'ajoute le profit. Ce qui augmente la facture finale, que l'État, donc la collectivité québécoise, payera dans le cadre de la présente entente.
Vous blâmez les pratiques syndicales comme étant part des problèmes de la chirurgie publique. C'est facile d'attaquer les syndicats. Je ne doute pas que vous puissiez avoir raison là-dessus, mais au moins illustrez votre propos! Sans nommer qui que ce doit, ni quelque date que ce soit, donnez-nous des exemples!
Pardonnez-moi d'anticiper ici un argument auquel vous ne croyez peut-être pas. Je ne crois absolument pas à la théorie voulant que le privé ait plus les moyens de bonnes conditions de travail au personnel que le secteur public. Le sous-financement du réseau de la santé est un choix politique, rien de plus. La bonne vieille tactique néo-libérale: on sous-finance, l'état du réseau se détériore, le privé se propose en grand sauveur en bon état (alors qu'il ne fait que choisir ses cas), le peuple veut du privé. Alors que si on avait financé adéquatement le système de santé dès le départ (tant du point de vue salaires qu'infrastructures), et qu'on avait mis un effort énorme sur la santé par la prévention (l'interdiction de vente de malbouffe dans les écoles, par exemple, aurait dù arriver il y a belle lurette), la question du privé ne se serait jamais posée. Parce que le système de santé aurait répondu à la demande.
Vous dites: «Manque-t-il de ressources médicales au Québec? Non, il manque plutôt d’infrastructure pour les supporter.»
Je suis surpris de vous voir tenir cet argument. Le milieu médical en général semble se plaindre dans l'autre direction, à savoir que les salles d'opérations sont là, mais qu'il manque les ressources humaines pour les faire rouler à plein régime. D'ailleurs, au début de votre réplique, vous alliez aussi dans ce sens, en affirmant que le but de l'entente était de «réduire [les] délais d’attente exponentiels par manque de personnel et de disponibilité de salles d’opération». En avril dernier, Marie-Claude Lortie, journaliste pour le quotidien La Presse, corroborait aussi cette version des faits en écrivant une série d'articles, pendant laquelle elle suivait deux médecins d'un centre hospitalier universitaire montréalais (que je crois bien être Sacré-Coeur, bien que je n'ai eu aucune confirmation de ce soupçon).
Vous dites: «Le partenariat PPP en est probablement la solution du moins à court terme.»
Le PPP est surtout une solution qui coûtera cher au trésor public, parce que le privé recherche avant tout le profit. C'est sa définition même. Le milieu ici concerné sera d'ailleurs encore pire en PPP, car contrairement aux services alimentaires, par exemple, le privé pourra difficilement économiser sur les salaires lorsque vient le temps d'embaucher des infirmières.
Je suis bien heureux que vous ayez eu connaissance de mon texte. De pouvoir discuter avec quelqu'un qui travaille dans ce milieu est très enrichissant pour le débat et permet d'amener quelques éléments qui ont tendance à rester cachés dans la salle d'opération, comme les problèmes syndicaux que vous avez évoqué, si problèmes syndicaux il y a réellement. Je n'ai pas eu le privilège de Mme Lortie de suivre un chirurgien et tout voir de mes propres yeux, je dois m'en tenir aux déclarations publiées, témoignages de tiers qui travaillent dans le milieu, ou encore de coupures de presse. Votre participation est sans aucun doute un plus.
Je vous remercie de me répondre. Sachez que moi aussi je mets mes priorités à la bonne place et que ce temps alloué se fait dans mes heures de temps libre qui sont rares. Cependant, comme dans le réseau, il faut pousser et un peu accuser afin de faire bouger les choses sinon l'inertie s'installe; le droit acquis et la sensation de tout va bien s'installe.
Je partage votre point de vue sur quelques faits: le sous financement et le manque de personnel, voire ici infrastructure. Ma définition englobe aussi cet aspect. Désolé, je ne suis pas journaliste et mes aspirations politiques seraient probablement trop radicales. Cependant, la capacité de payer a ses limites et l'état doit constamment s'ajuster à des demandes de toute part... On pourrait ouvrir le dossier de l'enseignement, de l'immigration, des arts et autres. Peut-être qu'il va falloir faire des choix de société et dire non à certains endroits et ainsi réviser et assurer les vraies priorités. Croyez-moi, je suis très conscient que certains secteurs hospitaliers méritent une meilleure rémunération et attention. La solution réside probablement dans un simple incitatif à la production. Comment le faire et le réaliser? Je serais bien heureux de participer à une telle table de concertation puisque je me réserve bien des idées à ce sujet. D'autre part, il faut aussi éduquer notre société, à mon avis, à ne pas croire que tout est du et gratuit, que ce n'est pas mon problème, et surtout qu'un d'autre va le faire.
Maintenant, le problème syndicaliste. La boite de Pandorre que j'ai ouverte...
Des exemples, il en pleut... Pourquoi, on arrive à 8h00 am pour se changer et ainsi débuter le travail 15 minutes plus tard. Pourquoi doit-on quitter à 15h45 pour encore se revetir et ainsi quitter à 16h00. Pourquoi le 45 minutes de diner est en réalité une heure? pourquoi les pauses doivent être de 15 minutes et s'étendent jusqu'à 30 minutes? Calculer les heures perdues de travail optimal sur un an.. Pourquoi tous les employés de certains secteurs doivent-ils partir en même temps à la pause laissant Mme Untel en détresse... Un de mes collègues a reçu un grief pour avoir ramassé le dégat odorifère d'une patiente parce que personne n'était disponible, à la pause ou ceci n'était pas dans sa description de tâche... Un patient va mal. pouvez-vous venir nous aider? Ce n'est pas mon patient et je dois aller à ma pause... Les cages d'escalier sont malpropres parce qu'elles ne relèvent pas du 2ème ou du 3ème étage... Les délais entre les cas de salle d'opération parce que le préposé est assis et ne répond qu'à sa salle attribuée... Les congés maladies pour raison autre... Et j'en passe... Une journée de discussion et d'observation de votre part ne saurait suffire.
La peur des syndicats: perdre des membres et s'affaiblir par manque de cotisations. Une statue du président devant la FTQ, ça coute cher... Ouvrir une grande porte à la sous-traitance privée plus économique devient une mencace irréfutable. Le conflit de Vidéotron en est un exemple.
Il est évident que les cliniques privées ne soient pas l'équivalent des soupes populaires. Cependant, le coût octroyé par le secteur public ne dépassera pas le coût réel bien que je ne fasse pas partie intégrante des négociations. N'oubliez pas que je n'ai aucun intérêt financier secondaire si ce n'est d'une journée supplémentaire de chirurgie non offerte dans le réseau public auquel ma formation de 25 ans devrait répondre. Il me fera plaisir de vous faire parvenir mon C.V. sur demande.
Existe-t-il réellement des coûts supplémemtaires reliés? Probablement à court terme, puisque plus d'actes seront générés mais les listes d'attente sont épuisables et le but ultime est de pouvoir répondre dans un délai raisonnable d'où le partenariat PPP à court terme. Finalement, le nombre d'infirmières ou de personnel utilisé à rockland est une goutte dans un océan et ne dépeuple donc pas le réseau actuel. Il faut remettre les pendules à l'heure à ce sujet... Les cliniques privées de chirurgies plastiques existent depuis des lunes, utilisent ce genre de personnel et n'ont jamais représentées une menace puisque le choix de société n'a jamais été de couvrir ces frais inhérents. Doit-on maintenant payer pour la chirurgie esthétique?
Au plaisir de vous relire
J'ai maintenant votre E-Mail et vous le mien.
Cordialement et surtout dans un but d'améliorer les choses. Je l'espère
JFB M.D. FRCSC, FACS