Santé privée: l'IEDM récidive

Dans sa Note économique de décembre 2007 1, rédigée par Julie Frappier et Mathieu Laberge, l'Institut économique de Montréal (IEDM) publiait une recherche dont la conclusion est que les salles d'opération des centres hospitaliers sont sous-utilisées. Merci pour le scoop, rien de nouveau là-dedans.

Les chiffres publiés par l'IEDM montrent que les blocs opératoires présentent un taux d'ouverture, le jour du lundi au vendredi, de 92%, mais que les salles ouvertes ne sont utilisées à 46%. L'utilisation est encore plus faible le soir et la fin de semaine. Voilà pour le constat, sur lequel tous s'entendent, je crois. Maintenant, la partie de plaisir commence: qui accuser?

On connait l'IEDM, celui-ci milite activement pour la privatisation de tout ce qui existe et n'existe pas encore. L'organisation tape donc évidemment sur le financement accru du gouvernement, en arguant que ce nouvel argent n'a pas réglé le problème des files d'attentes. Sans analyser la ventilation de ce nouveau financement, ni sa quantité par rapport aux besoins financiers réels, l'IEDM propose tout de suite «d'accroître l’offre de travail des effectifs existants dans le milieu de la santé». Comprendre: permettre aux médecins de pratiquer en parallèle dans le secteur privé, là où d'autres blocs opératoires sont disponibles.

Pourtant, quelques paragraphes plus tôt, les auteurs de la note économique écrivent ceci: «La formule actuelle de financement prévoit que le ministère verse aux agences régionales une enveloppe budgétaire globale. Les choix budgétaires font en sorte qu’il arrive que le gouvernement ne finance pas l’ensemble des services de santé qui pourraient être offerts au sein d’une région.» Pardonnez-moi si je comprend mal la clarté absolue, mais Mme Frappier et M. Laberge écrivent noir sur blanc qu'il y a sous-financement de la part du ministère. L'inefficacité du financement gouvernemental supplémentaire serait-elle vraiment dans son existence-même, ou plutôt dans son insuffisance?

Quant au fait d'accroître l'offre de travail des effectifs existants, ça sonne bien beau lorsque c'est dit sans plus de détails. Comme j'en ai déjà parlé dans un précédent texte 2, puis discuté avec le Dr Jean-François Bellemare dans les commentaires de ce même texte, il est tout à fait véridique d'affirmer que les chirurgiens pourraient passer davantage de temps à opérer, leur temps en salle d'opération se résumant souvent à une seule journée par semaine. Il n'en est toutefois pas autant pour le reste du personnel d'un bloc opératoire, comme les infirmiers et infirmières, les inhalothérapeutes, ainsi que les anesthésistes.

Une infirmière dans une clinique privée, c'est une infirmière qui aurait pu être dans un hôpital public. Prenez le personnel d'une salle d'opération privée, ramenez-le dans une salle d'opération publique: oh, surprise, cette dernière vient d'ouvrir! Du côté des anesthésistes, rappelons que ceux et celles de l'Hôpital du Sacré-Coeur avaient refusé de se déplacer à la clinique privée Rockland MD parce qu'ils et elles avaient trop de travail à l'hôpital-même 3... La preuve que le privé ne fait que bouffer les ressources humaines du secteur public.

Mais la logique du capital est implacable. Il y a de l'argent à faire, donc on fonce, peu importe le prix social à payer... qui sera payé par les contribuables de toute façon (privatiser le profit, collectiviser les pertes).


  1. «Portrait de l'utilisation des salles d'opération des hôpitaux québécois», Julie Frappier et Mathieu Laberge, IEDM, 14 décembre 2007
  2. «Clinique Rockland MD: Pourquoi l’Hôpital du Sacré-Coeur l’a-t-elle choisie?», 26 août 2007
  3. «Partenariat bancal», Radio-Canada.ca, 22 novembre 2007

Il est à noter qu'une

Il est à noter qu'une infirmière dans le privé a le même coût qu'au public. En effet, au privé, ils bénéficient de peu d'avantages sociaux. Au public, ils pourraient donc mettre les avantages sociaux à la carte et faire grimper le salaire quand certaines options ne sont pas sélectionnées. Le privé aurait donc moins d'attrait pour recruter du personnel.