Nouveau symptôme d'un oligopole
Nouveau mauvais coup de l'industrie de la téléphonie cellulaire: Bell et Telus ont annoncé que les messages textuels entrants seront facturés 15 cents.
C'est une nouvelle manifestation d'un oligopole qui s'affirme de plus en plus. Un oligopole, c'est un « marché où le monopole de l’offre n’est détenu que par quelques vendeurs, face à une multitude d’acheteurs » (définition tirée d'Antidote RX). Autrement dit, c'est un marché où un produit n'est offert que par quelques grosses entreprises qui, généralement, s'en donnent à coeur joie pour fourrer le client. L'industrie pétrolière et les banques sont d'autres bons exemples.
Avez-vous déjà comparé l'offre de service au Canada et celle aux États-Unis et en Europe? C'en est ridicule à quel point on est en retard, autant sur les services offerts que sur les frais payés par la clientèle. La cause est simple, c'est le manque de concurrence. Au sud de la frontière, il y a une quantité énorme de fournisseurs de services. Au Canada, ils sont peu nombreux: Bell, Telus, Rogers, Fido (propriété de Rogers), Koodo (propriété de Telus, je crois), Virgin, le Choix du Président et Solo. Il se peut que j'oublie quelques petits revendeurs, mais essentiellement c'est ça. De cette liste, seule Rogers possède un réseau physique partout, et Bell et Telus possèdent chacune un réseau mais jamais au même endroit; leurs réseaux se complètent. Les autres entreprises ne font que louer un accès à ces réseaux.
Cette nouvelle ne fera rien pour réduire la frustration des utilisateurs et utilisatrices devant les abus de l'industrie de la téléphonie cellulaire. Ils et elles doivent déjà fréquemment lutter contre leur fournisseur pour faire respecter les clauses de leur contrat. Leur ire n'est que davantage sollicitée depuis quelques temps, avec l'annonce des tarifs ridiculement élevés du iPhone et maintenant avec cette nouvelle facturation.
C'est étrange de constater que Bell et Telus aient annoncé à peu près en même temps une mesure impopulaire. En considérant que ces deux entreprises sont partenaires dans l'exploitation de leurs réseaux physiques, serait-on ici en situation de collusion?
Sur la mesure en elle-même, elle présente un problème majeur. On ne peut contrôler l'entrée des messages textuels, contrairement à un appel téléphonique, où on peut au moins le refuser. Alors que les messages textuels non-désirés (le spam, si vous préférez) sont de plus en plus nombreux, qu'adviendra-t-il de la facture mensuelle d'un utilisateur victime de cette pollution? Bell et Telus en profiteront. Ce qui ne fera qu'inciter les deux géants à ne rien faire pour prévenir la circulation de messages indésirables sur leur réseau.
De plus, il s'agit-là d'une double facturation. L'expéditeur du message a déjà payé pour l'envoyer. Pourquoi le destinataire devrait-il payer à son tour? Imaginez si, lorsque vous envoyez une lettre par la poste, le destinataire devait remettre un timbre au facteur, en plus de celui déjà collé sur l'enveloppe. C'est abusif.
Pendant ce temps, chez Industrie Canada...
Bruno Guglielminetti, de Radio-Canada, nous apprend du nouveau sur l'enchère d'Industrie Canada pour une nouvelle licence d'exploitation de service de téléphonie cellulaire. Des entreprises comme Québécor et Globalive Communications sont dans la course, mais celles qui mènent le bal sont... Bell, Telus et Rogers. Très encourageant.
Que faire?
La première des choses est de réévaluer vos besoins en la matière: avez-vous vraiment besoin de votre téléphone cellulaire, ou votre ligne résidentielle peut suffire? Si vous ne pouvez vous en passer, quelques suggestions, que vous soyez client(e) ou non de Bell et Telus:
- se plaindre au service à la clientèle de Bell et Telus (en n'oubliant pas que ce qui arrive n'est absolument pas la faute de la personne qui vous répondra);
- si vous êtes abonné auprès d'une autre entreprise, l'aviser que vous changeriez de fournisseur si elle décidait d'emboîter le pas à Bell et Telus;
- questionner le CRTC et Industrie Canada au sujet de la faible concurrence dans ce domaine;
- signer la pétition en ligne lancée par le Nouveau parti démocratique du Canada;
- se joindre au groupe créé pour l'occasion sur le site Facebook;
- en parler!
Évidemment, une solution plus solide serait de revendiquer la création d'un fournisseur public d'un tel service, afin de forcer la main des entreprises privées en jouant le jeu de la concurrence. Mais comme ça n'a à peu près aucune chance d'arriver, tenons-nous en aux actions molles.
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